Des droits de l’homme aux droits des aînés ?

Depuis quelques mois, en France comme sur la scène internationale, s’élaborent des projets de « charte des aînés » (France) ou de « convention des Nations Unies sur les droits des personnes âgées ».

On trouvera ici ce dernier projet, soutenu par une dizaine d’organisations internationales, qui, au prétexte notamment que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne précise pas explicitement que ledit Homme ne s’arrête pas de l’être en vieillissant, souhaite une convention spécifique pour les « personnes âgées » :
http://www.ngocoa-ny.org/resources/documents/strengthening-rights-resource.pdf

La question des droits « spécifiques » mérite d’être posée.

Elle conduisit à l’élaboration, onze ans après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Déclaration des droits des enfants, qui précisait en préambule en quoi elle était nécessaire : « Considérant que l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d’une protection juridique appropriée… »

Elle conduisit également à l’élaboration de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (2006), qui reposait surtout sur la reconnaissance des discriminations particulièrement fortes dont ces personnes, à cause de leur fragilité, peuvent être victimes, et insistait surtout sur l’engagement des signataires à « prendre les mesures voulues pour permettre à ces personnes de jouir pleinement et dans des conditions d’égalité de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales ».

Doit-elle forcément conduire à une Convention spécifique aux droits des personnes âgées ?
Une telle Convention impliquerait la reconnaissance que toutes les « personnes âgées », comme tous les enfants, ont besoin d’une « protection spéciale ». Fortement discutable !
Et si elle ne sépare pas ainsi les vieux des moins vieux, à part rappeler que les personnes âgées ont exactement les mêmes droits et libertés fondamentales que les moins âgées, que dira-t-elle de plus ?

Vu que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, précisément parce qu’elle ne fait aucune discrimination par l’âge, ne précise pas que l’Homme en question, que « la personne » dont parlent ses articles, cesserait de l’être à tel ou tel âge ;
vu également que la Convention relative aux droits des personnes handicapées ne mentionne nulle part et à juste titre que ces personnes handicapées seraient uniquement celles « de moins de X ans »,
il nous semble que créer une convention spéciale sur les « droits des aînés », en séparant ainsi certains adultes des autres du seul fait qu’ils aient passé un âge x ou y, risque de provoquer bien plus de discriminations que le sobre mais ferme rappel que la même Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’applique à tous les adultes.

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L’Âgisme : étude sur un phénomène psychosocial

Valérian BOUDJEMADI, Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche en Psychologie Sociale, a bien voulu, à la demande de l’Observatoire de l’Âgisme, qui l’en remercie vivement, nous proposer une synthèse de son travail de doctorat (présenté et soutenu en juin 2009 à l’Université de Nancy).

L’ÂGISME : ETUDE DE LA NATURE, DES THÉORIES EXPLICATIVES ET DES MESURES DIRECTES ET INDIRECTES D’UN PHÉNOMÈNE PSYCHOSOCIAL.

1. PRESENTATION GENERALE

Comme présenté dans le résumé de cette thèse, l’objet de ce travail de doctorat se centre sur un concept lourd de conséquence pour notre société : l’âgisme. L’intérêt de ce travail est multiple. Premièrement, il apparait nécessaire de promouvoir la recherche dans ce domaine compte tenu des conséquences désastreuses de ce phénomène sur nos aînés. En effet, et contrairement aux pays d’Amérique du nord, l’âgisme est un phénomène peu étudié en France, relativement méconnu du grand public et de la communauté scientifique. Deuxièmement, chercher à combattre et réduire l’âgisme implique de le comprendre. Cette thèse tente donc modestement de participer à cette tâche. Enfin, l’objectif est aussi fournir des instruments de mesure valides aux chercheurs francophones susceptibles de s’intéresser à cette problématique.

Ce travail de doctorat s’articule en deux grandes parties. La première constitue une partie théorique où sont abordées la nature (aspects définitoires, attitude, stéréotype) de l’âgisme et ses différentes théories explicatives. La seconde correspond à une partie expérimentale comprenant six études : deux études concernent l’aspect explicite du concept, c’est -à-dire lorsque la récupération des informations en mémoire se fait consciemment, et quatre études renvoient à l’aspect implicite du phénomène, où la récupération des informations en mémoire se fait de manière automatique.
Voici donc un petit résumé explicatif visant (je l’espère) à faciliter la compréhension de cette étude.

2. DEFINITION

Dans un premier temps, j’aborde dans cette thèse les aspects définitoires de l’âgisme. Globalement, l’âgisme renvoie à une dépréciation d’un individu en raison de son âge, s’adressant aux jeunes comme aux plus vieux. Dans la littérature scientifique, l’âgisme est un terme principalement utilisé pour décrire une forme de dépréciation de nos aînés. Dans ce cadre, la définition initiale de l’âgisme (issue du gérontologue Robert Butler) correspond à une attitude positive ou négative envers les seniors et caractérisée par trois composantes (comportementale, affective, cognitive). Cependant, les définitions de l’âgisme sont nombreuses, évoluant au gré des avancées scientifiques, des auteurs et des époques. Pour ma part, en tentant de faire une synthèse des définitions existantes, j’ai adopté la vision tripartite initiale en y ajoutant une nuance somme toute importante : la notion de processus duaux. En effet, les travaux sur l’automatisme et sur la cognition sociale implicite (aspects sur lesquels je reviendrai) ont révélé que la nature de l’âgisme est insidieuse et sournoise, ses racines sont profondément ancrées dans le système cognitif humain. Ainsi, la définition de l’âgisme issue de mes travaux se fait en ces termes :

« Mécanisme psychosocial engendré par la perception consciente ou non des qualités intrinsèques d’un individu (ou d’un groupe) en lien avec son âge. Le processus qui le sous-tend s’opère de manière implicite et/ou explicite, et s’exprime de manière individuelle ou collective par l’entremise de comportements discriminatoires, de stéréotypes et de préjugés pouvant être positifs mais plus généralement négatifs.[[ Boudjemadi, V., & Gana, K. (2009). L’âgisme : Adaptation française d’une mesure et test d’un modèle structural des effets de l’empathie, l’orientation à la dominance sociale et le dogmatisme sur l’âgisme. Revue canadienne du vieillissement, 28, 371-389.]] »

3. AGISME EXPLICITE

3.1. VALIDATION FRANCAISE D’UNE ECHELLE D’AGISME

Afin de ne pas noyer les lecteurs sous une montagne d’informations, passons maintenant aux différentes études de cette thèse et les théories qu’elle cherche à vérifier. Commençons tout d’abord par la partie dédiée aux mesures directes de l’âgisme (questionnaires), recueillant des données auto rapportées et focalisées sur le versant explicite du processus d’âgisme. La première étude consistait à adapter et valider une échelle d’âgisme d’origine nord américaine auprès d’une population francophone : l’échelle d’âgisme de Fraboni révisée [[(Fraboni, Saltstone, & Hughes, 1990 ; Rupp, Vodavovich, & Crédé, 2005). En voici la version française définitive nommée FSA-14 (Boudjemadi & Gana, 2009)]]:

3.2. LIENS ENTRE AGISME ET D’AUTRES PREJUGES

Il a aussi été dégagé les liens faibles mais significatifs entre les construits d’âgisme, de racisme et de sexisme : même si ces derniers sont distincts, ils partagent un certain fond basé sur le rejet de l’autre. Ces résultats se montrent cohérents avec des travaux validant l’existence d’un système global d’intolérance (Aosved & Long, 2006 ; Aosved, Long et Voller, 2009).

3.3 MODELE STRUCTURAL DE L’AGISME

La seconde étude visait à étudier âgisme et personnalité au travers d’un modèle structural (inspiré du modèle des préjugés généralisés ; Bäckström & Björklund, 2007) mettant en œuvre diverses variables personnologiques comme l’empathie, le dogmatisme, et l’orientation à la dominance sociale (ODS). Ont été inclus à ce modèle l’âge et le sexe de nos participants. Au-delà d’apprécier les liens entre ces variables, ce sont les relations entretenues par ces dernières qui étaient étudiées. Un modèle structural ne renvoie pas exactement à ce qu’est la réalité, il s’agit plutôt d’une simplification de celle-ci qui se révèle toutefois très informative sur ces relations. En voici la schématisation :


Figure 1 : modèle structural de l’âgisme (Boudjemadi & Gana, 2009)

Non seulement un tel modèle explicatif des différences individuelles n’a jamais été testé, mais il permet aussi d’évaluer les effets directs et indirects (médiateurs) de l’empathie, de l’ODS, et du dogmatisme (forme d’autoritarisme) sur l’âgisme.

Les résultats montrent un effet direct négatif de l’empathie sur l’âgisme. Autrement dit, plus on est emphatique et moins on a tendance à être âgiste. De plus, cet effet négatif s’avère médiatisé par l’ODS et le dogmatisme qui exercent un effet positif sur l’âgisme. Le dogmatisme augmente donc la propension à l’âgisme. De même, plus on affiche une orientation à la dominance sociale, et plus on est enclin à entretenir des préjugés négatifs à l’égard des personnes âgées. A noter que les femmes font preuve de moins d’âgisme que les hommes, et que l’avancement en âge diminue la propension à l’âgisme.

4. AGISME IMPLICITE

Passons maintenant aux études relatives à l’âgisme implicite en nous inscrivant dans le courant de la cognition sociale implicite. Ce courant de la psychologie sociale explique qu’un construit implicite correspond à la trace non consciente ou inaccessible à l’introspection des expériences passées. Ces dernières influant sur nos réponses ou comportements (Greenwald & Banaji, 1995).

4.1. DISTINCTION ENTRE PROCESSUS IMPLICITE ET EXPLICITE

Dans cette optique, toute personne stocke en mémoire à long terme un savoir sur les différents aspects du monde sous la forme de structures d’association : la structure de savoir social. Le traitement des différentes informations stockées se fait donc de manière rapide, automatique, à un niveau préconscient. Le résultat de ces traitements est expérimenté consciemment par un sujet sous la forme d’une réaction intuitive ou affective envers un aspect du monde (Blaison et al., 2006).

Imaginons maintenant qu’un chercheur interroge un individu par l’intermédiaire d’un questionnaire. La tâche de cette personne est d’exprimer son degré d’accord aux différents items à l’aide d’une échelle comme présenté ci dessous :


Figure 2 : Illustration des aspects implicites et explicites de l’âgisme

Cette personne va donc s’interroger sur ce qu’elle sait des personnes âgées (elle va interroger sa structure de connaissances relatives aux personnes âgées), puis va répondre en conséquence. Ici la récupération des informations est intentionnelle, contrôlée, consciente : on parle ici de processus explicite. Cependant, certains concepts vont être activés automatiquement et influencer l’individu sans qu’il ait conscience de cette activation ou de son influence. Ici la récupération des informations est non intentionnelle, incontrôlée : on parle de processus implicite.


Figure 3 : Exemple de structure de savoir social

Sur la figure ci-dessus, nous pouvons voir les différentes informations relatives aux seniors dans le système cognitif d’un individu. Les liens entre ces informations sont schématisés par les différents traits rouges, et la force d’association entre ces dernières est représentée par l’épaisseur de ces traits : plus un trait est épais et plus les concepts sont fortement associés. Notons ici que ces concepts sont aussi liés à une positivité ou une négativité. Dans ce réseau, lorsqu’un concept est activé, la propagation de cette activation sera fonction de la force d’association entre concepts: plus la force d’association est importante et plus les concepts avoisinants vont être activés rapidement. Par exemple, si le concept « vieux » est activé, l’activation du concept « 60 ans » sera plus rapide, plus automatique que l’activation du concept « reclus ».

4.2. UNE MESURE DE L’AGISME IMPLICITE : LE SC-IAT (Single Category Association Test)

Lors de mes travaux sur l’âgisme implicite, j’ai donc utilisé un instrument de mesure de la force d’association entre les différents concepts : le SC-IAT (Karpinski & Steinman, 2006).

Le SC-IAT : Un individu est placé face à un écran d’ordinateur. Au centre de cet écran apparaissent des photographies ou des mots appartenant aux différentes catégories visibles en haut à gauche et en haut à droite de l’écran.
La tâche de cet individu est de classer le plus rapidement possible les différents items (mots ou photos) en fonction de leur appartenance à l’aide de deux touches prévues à cet effet. Par exemple, si un mot ‘plaisant’ (croisière) apparait au centre, le sujet devra le classer sur la gauche à l’aide de la touche ‘F1’. De même, si un mot déplaisant (cimetière) apparait, le sujet devra le classer sur la droite de l’écran (figure 4).

Deux phases sont ici nécessaires (figure 4). Dans une première étape, la tâche est de classer les photographies de personnes âgées du même coté que les mots plaisants. Dans la seconde, les photographies de seniors sont à classer du même coté que les mots déplaisants. Ici, si le temps moyen de classement des items est plus rapide dans la phase 1 que dans la phase 2, les photographies de personnes âgées ont été classées plus rapidement, plus facilement avec les mots plaisants que déplaisant. Dans la logique de l’instrument, cela traduira une association plus aisée, plus automatique entre personne âgée et plaisant, c’est-à-dire une force d’association plus importante entre personne âgée et plaisant qu’entre personne âgée et déplaisant dans le système cognitif de la personne.


Figure 4 : Illustration de la tâche du SC-IAT

4.3. ROLE DES STEREOTYPES MULTIPLES ET DE LA SAILLANCE DE LA MORT SUR L’AGISME IMPLICITE

Parlons maintenant des principales études relatives à cette partie. Je ne m’attarderai ici que sur les deux dernières (études 3 et 4).

4.3.1. LA PERSPECTIVE SOCIOCOGNITIVE DES STEREOTYPES DE L’AGE (PSCSA)

L’étude 3 visait à tester deux théories explicatives de l’âgisme. Le première, nommée perspective socio cognitive des stéréotypes de l’âge (PSCSA ; Hummert, 1999), a permis d’établir que la vision que nous entretenons des seniors n’est pas homogène. Au contraire, elle serait constituée de stéréotypes multiples à la fois positifs et négatifs (expliquant ainsi les nombreux résultats contradictoires dans le domaine des attitudes envers les personnes âgées). Ainsi, si une information est suffisamment précise, cette dernière activera un stéréotype particulier conduisant à une attitude particulière. Selon la PSCSA, si l’information est trop générale, c’est la vision dominante dans nos sociétés occidentales qui s’imposerait : une vision négative (cet aspect est testé dans l’étude 2 de la partie implicite mais n’a pas été confirmé. Il se peut cependant qu’il s’agisse d’un problème de puissance statistique).

Ces stéréotypes seraient également liés à des classes d’âge particulières. En effet, il semble que les stéréotypes négatifs (par exemple le vieillard malade) soient plus largement associés aux classes d’âge avancé (quatrième âge) ce qui ne se retrouve pas pour les catégories plus jeunes (de 55 à 65-70 ans selon les études). De même, il existerait aussi des associations dans le système cognitif humain entre ces stéréotypes (et leurs classes d’âge associées) à des caractéristiques faciales particulières.
Ainsi, nous avons introduit dans le SC-IAT des photographies de seniors âgés de 60 ans (supposés renvoyer à des stéréotypes relativement positifs comme les grands parents) et des photographies de seniors âgés de 90 ans (stéréotypes négatifs).

4.3.2. LA THEORIE DE LA GESTION DE LA TERREUR (TGT)

La seconde théorie testée se nomme la théorie de la gestion de la terreur (Greenberg, Pyszczynski, & Solomon, 1986 ; Solomon, Greenberg, & Pyszczynski, 1991). Cette théorie est héritée des travaux de l’anthropologue Ernest Becker, eux même d’inspiration Darwinienne (Landau, Solomon, Pyszczynski, & Greenberg, 2007). Cette théorie explique que l’Homme est soumis à une peur existentielle due à la conscience de sa propre finitude. En effet, l’Homme est le seul être vivant cherchant à prolonger sa vie tout en sachant que sa mort est inévitable. Ce paradoxe existentiel provoquerait donc une forme de terreur inhérente à ce savoir nécessitant d’être gérée. Pour gérer cette terreur, l’Homme a développé des mécanismes de défense.

Adapté au cadre de l’âgisme, cette théorie nous explique que les personnes âgées nous renvoient à une vision future de nous mêmes, nous rappelant ainsi notre condition d’être soumis au processus de vieillissement dont l’issue est une mort inévitable. Pour nous préserver de la peur générée par les seniors, la stratégie développée serait de produire de l’âgisme.

Le potentiel de terreur face à la notion de mort serait présent en chaque être humain, au même titre que la préservation qui en résulte. Ainsi, le rappel de notre vulnérabilité face à la mort activerait ces défenses en raison de l’exacerbation de nos craintes liés au rappel de la mort par les seniors.

4.3.3. MISE A L’EPREUVE DE LA PSCSA ET DE LA TGT

J’ai donc testé l’influence de la saillance de la mort et des stéréotypes associés à l’âge sur l’âgisme implicite. Globalement, mes résultats montrent que dans une condition normale, les personnes de 90 ans sont associées plus aisément à des notions déplaisantes que les personnes de 60 ans. De même, j’ai pu isoler le fait que lors d’une condition où les sujets sont focalisés sur leur mort future, ces derniers associaient plus rapidement les cibles à des concepts négatifs qu’en condition normale, validant ainsi l’incidence de la saillance de la mort sur l’âgisme. Cependant, il était attendu que les cibles de 90 ans soient plus facilement associés à la négativité que les personnes de 60 dans cette condition de saillance de la mort (puisque nous renvoyant plus largement à la fin de vie). Or, il s’est avéré qu’aucune différence d’association n’a émergé : en bref, les seniors de 60 ou 90 ans ont été associés aussi rapidement à de la négativité. Une interprétation possible des ces résultats est que nous percevons bien les seniors de manière différente en fonction de leur âge, mais lors du rappel de notre mort et donc l’exacerbation de nos peurs liées à la mort, nous ne distinguons plus les différents seniors : nous aurions une tendance à les voir comme homogènes et tous menaçants.

4.4. ROLE DE LA DOUBLE NORME DU VIEILLISSEMENT (DNV) ET DE L’IDENTITE SEXUELLE SUR L’AGISME IMPLICITE

La dernière étude abordée ici fait référence à la double norme du vieillissement (DNV ; Sontag, 1972, 1979 ; Teuscher & Teuscher, 2006) fournissant une explication des différences d’attitudes envers les hommes et les femmes âgés.

Selon Sontag, les femmes âgées sont doublement victimes du fait que, d’une part la vieillesse féminine est culturellement et socialement déconsidérée, et d’autre part, les femmes, à âge égal, sont généralement perçues comme étant plus âgées que les hommes. En d’autres termes, nous évaluerions les femmes âgées plus négativement que leurs congénères masculins. Cet aspect est un véritable problème de société compte tenu de l’espérance de vie plus longue des femmes qui seraient donc victimes d’âgisme plus fortement et plus longtemps que les hommes.

La DNV s’est vue confirmée puisque les cibles masculines ont été évaluées moins négativement que les cibles féminines. Autre fait important, le rôle de l’identité sexuelle semble prendre une place non négligeable où les participants masculins ont évalué les hommes âgés significativement plus positivement que les femmes âgées. En revanche, les participants féminins ont évalué les différentes cibles aussi négativement, sans distinction de sexe. Enfin, cette étude a montré que les participants masculins manifestent davantage d’âgisme implicite que les femmes.

Valérian BOUDJEMADI
Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche en Psychologie Sociale

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Âgisme ou paresse ?

Actuellement, plusieurs mutuelles proposent à leurs adhérents des soutiens
pour emprunter des sommes (allant de 1000 à 10000 euros, avec des
remboursements sur des durées brèves, de type 2 à 6 ans) à taux réduits, destinées à procéder à des travaux ou aménagements afin de favoriser le maintien à domicile.

Louable et légitime intention, dont on pourrait penser qu’elle avait tenu
compte du fait que ce sont rarement les quadragénaires ou quinquagénaires
qui aménagent leur logement face à l’apparition de certains handicaps ou difficultés.

Or ces mutuelles excluent de ces dispositifs, pour l’une les personnes qui
ont plus de 75 ans, pour l’autre les personnes qui ne pourraient pas avoir
terminé de rembourser avant leurs 70 ans !

Bref, ignorance brute du fait que l’âge ne veut rien dire en soi, que toutes
les personnes de plus de 70 ou 75 ans sont dans des situations fort
différentes, en termes de santé comme d’espérance de vie, d’endettement
comme de capacités de remboursement.

Au lieu d’examiner la situation individuelle du demandeur, ces organismes ont donc choisi de fixer arbitrairement un âge, excluant ainsi de nombreuses personnes qui auraient pu, sans faire courir de risques inconsidérés à lesdits organismes (1), profiter de ces dispositifs.

Paresse professionnelle, certes. Qui conduit à l’exclusion et à la discrimination au seul motif de l’âge. Âgisme donc.

(1) Les mauvais esprits feront remarquer qu’il est étonnant que les banques,
qui régulièrement imposent à l’ensemble des français de payer les pots
cassés des permanentes spéculations risquées qu’elles mènent, se fassent
soudain les hérauts de la prudence…

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Humour ou âgisme ?

Quelques images de la dernière campagne de publicité de Findus pour des frites :



Humour ou âgisme ?

Quelques réactions pour en juger… dans Télérama

et sur le site d’Agevillage

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Personnes de plus de 65 ans et vaccination grippe A

Au Québec, dans le plan de vaccination contre la grippe A, les personnes de plus de 65 ans atteintes de maladie chronique ne pouvaient être vaccinées en même temps que les personnes de moins de 65 ans atteintes de maladie chronique. Alors même que les recommandations de l’OMS indiquaient la nécessité de prioriser toutes les personnes atteintes de maladie chronique, quel que soit leur âge.

L’AQRP (association québécoise des retraité-e-s des secteurs public et parapublic) a donc demandé, début novembre, que les aîné-e-s malades ne soient pas traités différemment des autres personnes malades – en se basant et sur les recommandations de l’OMS et sur les statistiques des décès au Québec (plus de la moitié ont concerné des personnes de plus de 60 ans).

A la suite de leur combat, le gouvernement a annoncé un changement dans l’ordre des priorités, a priorisé les personnes de plus de 65 ans atteintes de maladie chronique… mais a du même coup priorisé la vaccination de toutes les personnes de plus de 65 ans !

Surprenant. Comme l’indique l’AQRP, « cette annonce inattendue confirme toutefois la confusion qui règne chez les autorités. En effet, si la séquence de vaccination était basée sur des critères objectifs, qu’est-ce qui justifie un tel revirement de situation ? »


EN FRANCE, où en est-on par rapport à cette question ?

Le plan de vaccination prévoit que les sujets âgés de plus de 65 ans avec facteurs de risques ne seront pas vaccinés en même temps que les sujets âgés de 2 à 64 ans avec facteurs de risques. Là aussi, donc, non-suivi des recommandations de l’OMS.

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Mesdames, vous vieillirez aussi !

Mesdames, vous vieillirez aussi !

Une tribune de Pascale Senk parue dans Le Monde du 1er novembre 2009.

 » Dans la presse féminine française, une étrange planète, personne ne s’autorise à parler franchement d’une évidence existentielle qui pourtant nous concerne toutes : vieillir.

Ces équipes rédactionnelles, qui, depuis quarante ans, ont su initier leurs lectrices à jouir, à se libérer ou à s’entraider face au pouvoir machiste, se retrouvent aujourd’hui corsetées avec une mission unique : faire consommer des femmes savamment maintenues dans le déni de vieillesse.

Au mois de juin, je suis autorisée à participer à une expérience pionnière en France : des groupes de cinq jours sur « L’art de vieillir » animés par la psychologue Marie de Hennezel. Là ou d’autres proposent de simples conseils de santé et de nutrition « anti-âge », Marie de Hennezel permet de partager ses craintes avec d’autres nouveaux retraités à qui les seuls mots de « maisons de retraite » et « anciens » font froid dans le dos… Enthousiaste, je sais que je tiens là un beau sujet de reportage.

J’appelle mes contacts dans la presse féminine. Premier, Marie-France, le magazine des femmes de plus de 40 ans. Je suis accueillie à bras ouverts par la rédaction en chef. « Très beau sujet », me répète-t-on le jour où l’on se met d’accord sur l’article. L’angle choisi atténue un peu le côté « trop direct » d’un reportage sur la peur de vieillir, pourtant évoqué par téléphone : j’écrirai le texte du point de vue d’une « quadra + » qui regarde s’exprimer des stagiaires plus âgées qu’elle.

Quelques jours après, je remets ma copie, une chef de service me lit et trouve très bien mon papier… et j’attends. Les vacances de juillet arrivent. Je pars en Californie où je découvre la force du mouvement new-aging : les hippies et enfants du summer of love n’ont nullement envie de vieillir comme leurs parents, ils inventent l’idée de magic midlife : après 50 ans, on commence seulement à être soi. Profitons-en !

Je rencontre des peintres qui ne font que des portraits de « plus de 60 ans » pour compenser le manque d’images médiatiques de la vieillesse, lis des articles fustigeant « Los Angeles comme ville de culte du corps qui ne fait pas de place aux vieilles », je comprends qu’un grand tabou est en train d’être levé…

On va enfin parler de cette grande affaire de nos vies qui commence à partir de 20 ans : vieillir et s’améliorer, gagner en expérience et force intérieure au lieu de décliner ! A mon retour, toujours grand silence du magazine Marie-France. J’appelle, la rédactrice en chef ennuyée me prend, au téléphone : « Ah… vous n’avez pas eu mon message ? Désolée… Il est très bien, votre papier… mais les dernières études nous empêchent de parler de vieillesse comme ça à nos lectrices, vous comprenez ? »

Non, je ne comprends pas : « Mais vos lectrices approchent de la cinquantaine, non ? » « Oui, mais il vaut mieux ne pas les mettre en face de ça. Nous sommes désolées et vous paierons en non-paru (- 50 %) car ce n’est pas de votre fait, mais notre lectorat n’est pas encore prêt… »

Je fulmine et appelle un contact à Marie-Claire. Oui, le grand titre des combats féministes, des grands reportages chez les femmes muselées du tiers-monde… Elle lit mon papier, me rappelle : « Désolée, mais on ne peut pas parler comme ça de la vieillesse à nos lectrices de 25-35 ans. » Je fulmine. J’envoie mon papier à la rédaction de Madame Figaro. Là, je n’ai même pas d’accusé de réception.

Finalement, ce reportage sera publié par Pleine vie au mois de décembre. Rien de surprenant. Ficelées par leurs rapports fantasmatiques entre les annonceurs publicitaires et leurs lectrices qu’elles imaginent inaptes à entendre toute vérité, les rédactrices en chef de la presse féminine maintiennent tout leur « joli monde » dans le leurre de l’éternelle jeunesse et de la compulsion consommatoire. Qu’est-ce qui intéresse les femmes selon ces industries complices ? Acheter une jupe Prada, une crème Clinique et ressembler à Victoria Beckham. C’est là avoir une opinion bien dégradée des femmes de ce pays.

Mais mesdames les rédactrices en chef, ne vous leurrez pas trop longtemps : vos lectrices vieillissent un peu plus chaque jour, vous aussi… et même Victoria Beckham n’y échappera pas ! Ne vous prenez pas pour des « leveuses de tabous » et des pionnières parce que vous parlez d’orgasme dans chaque numéro. Ça, c’était le combat d’il y a quarante ans. Quand vous étiez jeunes, courageuses et réellement libérées ! Aujourd’hui, l’heure est à d’autres urgences.  »

Pascale Senk, journaliste.

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La tyrannie de l’âge

Le dernier numéro de la revue Mouvements : La tyrannie de l’âge

 » Un homme de 41 ans écarté d’une émission de téléréalité limitant à 34 ans l’âge des participants ; des dizaines d’offres d’emploi sur un site Internet indiquant des limites d’âge sans justification ; une entreprise refusant d’embaucher sur un emploi permanent les personnes de plus de 40 ans ; une femme empêchée de donner ses ovocytes parce qu’elle a 38 ans… Le point commun de ces cas n’est pas tant qu’ils révèlent l’emprise des seuils d’âge dans l’organisation de la société, mais surtout qu’ils ont été constitués en controverses voire pour certains en affaires portées en justice par des plaignants s’estimant victimes de discrimination. Au même titre que le traitement différentiel des personnes en raison du sexe, de l’origine, de l’état de santé, de l’apparence physique, de la situation de famille ou encore de l’orientation sexuelle, la distinction fondée sur l’âge tend aujourd’hui à être perçue et dénoncée comme une infraction au principe égalitaire du « sans distinction de… ».  »

Accéder à ce numéro et lire la suite de sa présentation sur le site cairn.info

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Solidarité entre générations ! Quelles solidarités préparer ?

Solidarité entre Générations !
Quelles solidarités préparer ?

Un texte de Geneviève Laroque.

Ce 29 avril 2009 a été déclaré Journée Européenne de la solidarité entre les générations.

Développer la solidarité entre générations ou entre les générations : joli programme mais que signifie –t-il?

On sait que solidarité signifie lien d’obligations réciproques, interdépendance de personnes, groupes, organisations matérielles ou non. Cette solidarité, ces solidarités sont factuelles, volontaires ou contraintes : engrenage, spontanéité, pression sociale ou morale, loi … Elles peuvent même être inconscientes. Toute l’organisation sociale est fondée sur cette interdépendance.

Veut-on mettre l’accent sur la solidarité entre générations qui se sont succédé ? Nous vivons aujourd’hui avec des produits, des bâtiments, des routes, des cultures, des connaissances, peut être des sagesses accumulés au fil des temps, comme avec des dangers et menaces accumulés de même. Pour valoriser cette solidarité, il faut connaître ces héritages, les positifs comme les négatifs, ceux dont on peut être fier, ceux qui signalent des faiblesses, des erreurs, parfois des crimes. Tous ont fabriqué « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » . Il faut les connaître pour s’élancer vers l’avenir. Le retour de l’échange ne peut être que le respect, même le respect critique à l’égard des anciens désormais disparus.

Sans doute veut-on surtout traiter de solidarité entre générations qui vivent au même moment, groupes d’âge différent ?

Peut être faut-il alors distinguer des solidarités légales comme, par exemple l’obligation alimentaire qui impose une entr’aide pécuniaire entre ascendants et descendants, des solidarités sociétales souvent spontanées qui développent des formes diverses d’entr’aide, y compris pécuniaire, dans les familles et pas seulement entre ascendants et descendants. Les unes comme les autres peuvent être montantes ou descendantes, de parents à enfants ou d’enfants à parents.

On a beaucoup évoqué la génération pivot qui intervient au profit de celles d’avant (parents et grands-parents) et de celles d’après (enfants et petits enfants) dans de nombreuses familles. Cette génération peut, ou non, avoir reçu des parents aujourd’hui aidés et pourra aussi recevoir ou non, des enfants aujourd’hui aidés . Solidarité n’est pas comptabilité.

On peut aussi encourager d’autres formes de solidarité, d’échange entre générations au delà des liens familiaux. Pour cela, il peut y avoir des projets communs, par exemple, des activités de culture ou de loisir, comme la participation à un atelier, une chorale ou un orchestre inter âge et des projets dans lesquels l’échange est multiforme. Il peut s’agir d’un échange de services, par exemple l’accueil de jeunes personnes dans le logement d’un aîné en échange de menus services. Il peut s’agir d’un service, une aide fournie par les uns en échange de réussite des autres, par exemple un tutorat, une aide aux études : la réussite du jeune, garçon ou fille est une récompense en soi.

Dans l’autre sens, il peut s’agir de visites de convivialité de jeunes personnes auprès de personnes âgées isolées et fragiles. Le sourire revenu est l’objet de l’échange et il peut y avoir pour tous les partenaires, des enrichissements de toute sorte, culturels, historiques (les aînés dans leur histoire et dans l’Histoire!), pratiques même: les « trucs » de débrouillardise transmis, ou les recettes de cuisine ou de bricolage…

Pour que cela marche, il faut de l’échange, même si ce n’est que l’échange de deux bonbons ou de deux sourires, mais il faut aussi un projet commun, de révolution mondiale ou de promenade à petits pas, de point de tricot, de préparation à un entretien d’embauche ou de goûter demain après midi. Il ne s’agit pas uniquement de mettre des « bébés sur les mémés », mais pourquoi pas, ensemble, raconter des contes et chanter des comptines?

Cependant, toutes ces manifestations concrètes des situations de solidarité ne peuvent naître et s’épanouir que si elles sont préparées , si ces « partenaires » se connaissent . La première action de solidarité intergénération ne serait-elle pas alors, tout simplement, celle qui permet de se mieux connaître ?

Par exemple, , en prenant conscience qu’ à chaque âge, tout au long de son parcours de vie, de la naissance à la mort , on est et on sera, en permanence le jeune et le vieux de quelqu’un bref en découvrant que « grandir, c’est vieillir et vieillir, c’est grandir »

Si « grandir c’est vieillir et vieillir c’est grandir », se connaître pour vivre ensemble et pour faire société, c’est à tout âge que les solidarités s’entrecroisent, se tricotent, se combinent, entre pairs, entre proches, entre étrangers de l’espace et du temps, nos semblables, nos frères.  »

Geneviève Laroque, Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie.

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Emploi des seniors :

Rappel : promulguée en décembre dernier, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009 prévoyait des pénalités – une cotisation de 1 % de la masse salariale – pour les sociétés qui ne trouveraient pas un accord sur l’emploi des salariés âgés d’ici au 1er janvier 2010, l’accord devant notamment comprendre des objectifs chiffrés.

Les décrets d’application, nécessaires pour que la mesure puisse entrer en vigueur, étaient prêts depuis janvier. Le gouvernement vient de renoncer à les publier. Faute de décret paru à temps, les entreprises ne pourront pas négocier avec les syndicats d’ici au 31 décembre. Ce qui rend les sanctions inapplicables.

D’après « Les Echos », « l’exécutif estime difficile d’inciter les entreprises à embaucher des salariés âgés quand nombre d’entre elles sont en train de réduire leurs effectifs. Le Medef, qui s’était opposé aux sanctions envisagées, a tout lieu d’être rassuré. »

Rappel : à 37,8%, le taux d’emploi des seniors en France est l’un des plus faibles d’Europe…

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Sélection des personnes âgées en service de réanimation : la société savante demande un débat de société

La Société de Réanimation de Langue Française (SRLF) a choisi d’aborder le délicat sujet de l’accueil des personnes en grand âge au sein des services de réanimation comme premier thème du cycle des petits déjeuners d’information qu’elle a prévu d’organiser pour organisés informer régulièrement la presse sur des problématiques au cœur des métiers de la réanimation.

En s’appuyant sur les résultats d’études spécifiques en cours et déjà analysées, la SRLF, société savante, en appelle à une réflexion et à un débat poussés afin d’établir des recommandations consensuelles d’admission en réanimation des personnes âgées de plus de 80 ans.

Etaient présents pour en discuter :
– Le Professeur Bertrand Guidet, Président de la SRLF (voir notre interview)
– Le Professeur Elie Azoulay, auteur d’études sur le vécu des familles, service de réanimation à l’hôpital Saint-Louis (lire notre article)
– Le Dr Maïté Garrouste-Orgeas (Hôpital St Joseph, Paris) qui mène actuellement une étude auprès de patients en maisons de retraite et à domicile ayant pour objectif de connaître leurs souhaits en matière de prise en charge ou non en réanimation

L’augmentation des moyennes d’âge des patients, une problématique réelle pour les professionnels de la réanimation. Les chiffres sont là. En 2050, le nombre des personnes âgées de plus de 75 ans aura triplé sans qu’on ait aujourd’hui une bonne visibilité sur les moyens qui seront attribués aux services de réanimation pour assurer leurs missions.

Confrontés aux affres du tri des patients, de nombreux réanimateurs mènent des études pour savoir si le grand âge est un critère sélectif important à l’admission en réanimation. Les études doivent également permettre d’établir des critères d’admission adaptés au grand âge, dans le respect des souhaits des patients et de leurs familles ainsi qu’en fonction des contraintes des moyens auxquelles les hôpitaux sont soumis.

Une étude de 2006 démontre clairement que l’âge est un critère discriminant : 36 % des plus de 85 ans étaient refusés en réanimation, contre 23 % des 75-84 ans et 12 % des 18-44 ans.

L’étude Ice-Cub, menée en 2006 et 2007 sur plus de 50 000 patients de plus de 80 ans dans 15 hôpitaux franciliens et qui a inclus un total de 2646 patients après sélection, a confirmé ces résultats lors de la phase d’analyse, menée en 2008.

Sur huit personnes de plus de 80 ans qui vont aux urgences avec une indication potentielle d’admission en réanimation, deux ont été proposées par les urgentistes et une seule a été admise. « La sélection est très importante », a commenté le Professeur Guidet. En outre, les taux d’admission allaient de 8 à 40 % d’un service à l’autre, révélant une forte disparité géographique.

« Il est aujourd’hui nécessaire de déterminer des facteurs objectifs qui pourront permettre aux réanimateurs de prendre les bonnes décisions en accord avec les souhaits du patient et de ses proches », martèle la SRLF.

C’est également l’enjeu des services de réanimation, au cœur de l’organisation de l’hôpital, où les équipes poursuivent inlassablement les soins: les traitements curatifs sont parfois remplacés par des soins palliatifs, sans toutefois que l’acte de soin s’arrête.

Des éléments liés au patient mais aussi à l’organisation et à la structure de l’hôpital ont un impact sur la prise de décision d’admission en réanimation médicale de cette population âgée, particulièrement à risque de discrimination. Sur le terrain, ces éléments d’impact sont multiples :

– disponibilité des lits en réanimation (étude prospective sur 4 mois à l’hôpital St Antoine : près de 7 % des lits étaient occupés par des patients qui étaient considérés comme « sortables », alors que des patients ne pouvaient pas être admis du fait de l’absence de lits disponibles. )
– les contraintes financières ;
– l’absence de techniques disponibles
– la sévérité des patients et, plus globalement, leur évaluation gériatrique
– le désir du patient et de sa famille, auquel les médecins accordent beaucoup d’importance.

La décision d’hospitaliser ou refuser un patient âgé peut avoir des conséquences importantes, pour lui et pour la société. Cette décision doit être prise en fonction du principe éthique de justice redistributive, par lequel on cherche à identifier les patients qui bénéficieront le plus du traitement.

La décision idéale devrait être éthique, équitable, non biaisée, transparente et homogène d’un centre à un autre. La décision d’admission en service de réanimation pourrait être facilitée par l’élaboration d’une liste de situations pathologiques relevant d’une indication d’admission en réanimation qui tienne compte des spécificités des sujets âgés.

Or, il n’existe actuellement aucune recommandation pour cette population particulièrement fragile. Il n’existe pas d’étude prospective évaluant le bénéfice de la réanimation pour cette catégorie de patients.

Et la personne âgée, quel avis a-t-elle ? Le Dr Maïté Garrouste-Orgeas qui officie à l’hôpital Saint-Joseph mène actuellement une étude composée de trois volets :

Le premier volet a consisté à comprendre la manière dont les réanimateurs sélectionnent l’accès ou non des personnes en grand âge en réanimation. Sur ce point, on rejoint les constatations de Bertrand Guidet.

Le second volet, très intéressant, indique que le taux de survie à 1an/2ans des patients qui ont pu être sauvés après un passage en réanimation est de 30 à 40 % ce qui est jugé comme assez positif par les professionnels.

Le volet en cours (60 entretiens sur 120 qui s’achèveront fin juin 2009) consiste à aller à la rencontre des personnes « en grand âge » au sein d’établissements ou chez elles et sur la base du volontariat. Parmi les points abordés, la peur ou non de la mort qui approche et les souhaits en matière de prise en charge par la réanimation. Un point qui ressort et qui sera mieux quantifié à la fin de l’étude concerne la relative absence d’échanges sur ce thème entre les patients et leur environnement personnel ou médical.

Il semblerait que les directives anticipées – qui ne sont pas en tout état de cause un acte notarié, mais un élément parmi d’autres de la réflexion – n’aient pas beaucoup de succès auprès de cette population, et que l’interprétation ne soit pas aisée.

Ces résultats permettront d’entreprendre le dernier volet qui consistera à confronter l’avis des patients et l’avis des réanimateurs en vue d’enrichir une réflexion éthique intégrant plus souvent qu’actuellement l’avis des patients.

Le Professeur Bertrand Guidet, en guise de conclusion, insister sur le fait que l’âge reste une donnée relative et que les bénéfices d’une prise en charge en réanimation sont dominés par les facteurs génétiques et le capital santé de chacun selon son hygiène de vie passée. Il n’en reste pas moins qu’il est maintenant prouvé que la bonne préparation des patients et de leurs familles aux contacts avec la réanimation et une bonne communication tout au long des épreuves de santé favorisent la survie et réduisent les stress post-traumatiques.

FG
mis à jour le 17/03/2009

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