Quand le jeunisme devient âgisme…

L’Observatoire de l’âgisme a lu avec intérêt le récent rapport présenté au ministre de la Ville, intitulé « Reconnaître, valoriser, encourager l’engagement des jeunes ».

Il partage avec les auteur-e-s de ce rapport un grand nombre de constats sur la faiblesse des dispositifs permettant de soutenir toutes les formes d’engagement et d’actions portées par les plus jeunes d’entre nous – très souvent victimes, comme les plus vieux d’entre nous, de formes plus ou moins insidieuses d’exclusion.

Il partage donc évidemment le souhait, plus qu’indispensable, de mettre fin à toutes les formes de discriminations dont les jeunes sont victimes. Dans le domaine politique, parmi les propositions, plusieurs permettraient en effet de mettre fin à des inégalités (par exemple, aligner l’âge pour le droit d’éligibilité au Sénat à 18 ans sur les conditions applicables à l’élection des députés), voire à des dispositifs âgistes (actuellement, par exemple, en cas d’égalité de suffrages, le plus âgé des candidats est élu). Retenons également la judicieuse proposition d’abaisser l’âge d’exercice du droit de vote à 16 ans.

L’Observatoire de l’âgisme s’inquiète en revanche d’un esprit âgiste qui sous-tend l’ensemble du rapport, où les intérêts des jeunes et des vieux sont presque toujours opposés et où le regret, légitime, de la faible présence de jeunes dans certains domaines s’accompagne quasi systématiquement d’une vision négative de la part des plus âgés, comme si le problème était un problème d’âge et non un problème d’absence d’égalité entre les générations.
De cette vision très partiale témoigne par exemple la proposition, en cas d’égalité de suffrage, de ne plus choisir comme aujourd’hui le candidat le plus vieux mais… de choisir le plus jeune. Ce choix n’a pas plus de légitimité que l’autre…

Enfin, l’Observatoire de l’âgisme ne peut que déplorer, et trouver même plus que choquante, la proposition « d’une limite d’âge maximal pour se présenter à un mandat parlementaire ou d’élu local » ( « La mesure consisterait à interdire de candidater pour un mandat électif après 70 ans » ). Faut-il rappeler aux auteur-e-s du rapport que la discrimination fondée sur l’âge ne se justifie pas plus que celle fondée sur le genre, ou la couleur de peau, ou la religion, etc. ?

Voilà donc des auteur-e-s qui trouvent aberrant qu’on ne puisse se présenter au Sénat avant 24 ans mais qui trouveraient absolument normal qu’on ne puisse plus s’y re-présenter après 70 ans… Remplacer une forme d’âgisme par une autre, une inégalité par une autre… ne permettra pas d’avancer bien loin dans le combat pour l’égalité de tous les citoyens, quel que soit leur âge.

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Une loi liberticide et discriminante pour les personnes dépendantes

Nous avions évoqué, il y a quelques temps, dans un texte intitulé
Supprimer une liberté, est-ce lutter contre la maltraitance… ou maltraiter ?
l’article 23 de la loi « relative à l’adaptation de la société au vieillissement ».

Le débat continue avec ci-dessous, l’éditorial de l’Actualité juridique Famille de mai 2015 (éditions Dalloz), où l’avocat et docteur en droit Diégo Pollet pointe le caractère discriminant de cet article, qui supprime le droit de donner ou léguer aux « intervenants à domicile ».

Une loi liberticide et discriminante pour les personnes dépendantes

Le projet de loi «relatif à l’adaptation de la société au vieillissement» est sur le point de passer en deuxième lecture au Palais Bourbon.

On y trouve de très bonnes choses, mais aussi un article 23 qui interdit à toute personne se faisant aider à domicile de faire une donation ou un legs
au salarié ou au bénévole aidant.

Sont ainsi concernées, d’un côté les personnes handicapées ou âgées ayant besoin d’une assistance pour la vie quotidienne, de l’autre, les auxiliaires de vie et autres employés de maison, même non rémunérés.

Ce nouvel interdit s’imposera ainsi à toute personne dite «dépendante», même si sa santé mentale n’est en rien diminuée.

L’intention du législateur est louable en soi et se trouve clairement indiquée dans ce titre : «Protection des personnes handicapées et des personnes âgées fragiles». Il est vrai qu’il n’est pas rare que des intervenants à domicile soient justement suspectés de captation financière au détriment de personnes particulièrement vulnérables, sous forme de donation ou de testament.

Mais qui sont donc les personnes visées par cette loi ? La réponse peut se mettre en forme d’équation : handicapés ou vieux = dépendants = fragiles mentalement. Et la conclusion tirée de cette arithmétique étrange est que toute personne dépendant d’une aide à domicile pour vivre normalement est réputée mentalement a »aiblie. Pour la protéger, il faudrait donc lui interdire de donner.

Or, chacun sait qu’on peut dépendre physiquement d’une aide extérieure sans pour autant être mentalement «fragile». On peut aussi revendiquer, malgré un handicap physique et la dépendance matérielle en découlant, la liberté de s’attacher à la personne de son choix, notamment à celle qui m’aide à vivre et partage mon intimité au long des jours. Bien des personnes dépendantes, y compris parfois disposant d’une famille proche, n’ont plus d’autre lien social régulier que la visite de leur auxiliaire de vie. Cet attachement n’est certes pas toujours dépourvu d’ambiguïté ; mais l’argent ne vient-il pas troubler la pureté des beaux sentiments dans nombre de relations ordinaires ?
La seule manière forte restant aux personnes dépendantes disposant de quelques biens pour manifester leur reconnaissance ou leur affection est souvent de donner de leur vivant ou à leur mort. Au nom de quelle valeur supérieure le leur interdirait-on ?

En vérité, la valeur formant ressort caché de la loi future est la protection des héritiers présomptifs. Elle traduit un retour spectaculaire à une époque révolue où le patrimoine familial retenait beaucoup plus l’attention que les libertés individuelles. Après tout, donner le pas à la famille sur l’individu correspond à un choix qui pouvait se débattre; mais il aurait convenu que la représentation nationale en discute ouvertement, et non sous le maquillage de la protection de personnes présumées fragiles. Or, l’article 23 en cause n’a donné lieu à aucun débat sur ce terrain.

Cette discussion s’imposait d’autant plus que, en assimilant la généralité des personnes handicapées ou âgées à des sujets mentalement faibles, ce texte est discriminatoire. Il est aussi mensonger en s’appuyant sur une équivalence évidemment fausse médicalement. Il pousse la logique jusqu’à interdire ce que même des personnes en curatelle, et aussi en tutelle sous certaines conditions, sont en droit de faire aujourd’hui.

Certes, il convient de protéger de la maltraitance financière les personnes authentiquement fragiles, et sans doute aussi leurs héritiers possibles. Mais notre droit est déjà équipé pour ce faire (droit des successions, action en annulation pour insanité d’esprit, période suspecte de deux ans précédant le prononcé d’une tutelle ou d’une curatelle, action en abus de faiblesse). Ce droit-là pouvait toujours être renforcé au besoin, pour protéger plus sans déshumaniser.

Il est regrettable que l’adaptation législative bienvenue de la société au vieillissement soit ainsi ternie par cet article 23 qui stigmatise les personnes handicapées ou âgées et écorne un peu plus l’image de la France pays des libertés. Sa constitutionnalité devra être interrogée.

Diégo Pollet
Avocat à la Cour, Docteur d’État en droit

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Supprimer une liberté, est-ce lutter contre la maltraitance… ou maltraiter ?

Le projet de loi « relatif à l’adaptation de la société au vieillissement », actuellement à l’étude, prévoit de renforcer la lutte contre les maltraitances, ce dont on ne peut que se réjouir.
Parmi ces maltraitances, on connaît la très grande fréquence des maltraitances financières et notamment des situations où un proche de la personne vulnérable, malade et/ou handicapée, profite de sa position de pouvoir pour se faire attribuer dons ou legs… Le proche en question pouvant être un professionnel, un voisin, un membre de la famille, etc.

Pour lutter contre ces maltraitances, que propose le projet de loi ? Un dispositif permettant d’être certain que la personne vulnérable, lorsqu’elle donne ainsi, est libre de toute contrainte ou chantage, et qu’elle est bien psychiquement autonome ? Non : le projet prévoit de réduire la liberté de la personne âgée et/ou handicapée, quelle que soit sa capacité à décider de ce qu’elle veut faire de ses biens, en lui interdisant de donner ou léguer aux « intervenants à domicile ».

Pourquoi une seule catégorie de destinataire ? Pourquoi attenter à une liberté (donner, léguer) importante ? Est-ce juste pour se donner bonne conscience ? Est-ce pour favoriser que le patrimoine reste dans la famille ?

Ce projet nous paraît inquiétant : il rend suspicieux à l’égard d’une catégorie professionnelle, il supprime un droit important, et en ne distinguant pas les personnes aptes à donner de celles qui ne le sont pas (personnes sous tutelles, notamment, qui peuvent donner mais en étant assistées par leur tuteur et avec l’autorisation du juge), il fait de toutes les personnes vulnérables, âgées et/ou handicapées, des « incapables ».

L’Observatoire de l’âgisme craint de surcroît qu’une telle interdiction officialise et banalise cette tendance à restreindre les droits des personnes vulnérables au nom de leur protection ( interdiction de sortir pour ne pas risquer de se perdre ; interdiction de marcher pour ne pas risquer de tomber ; etc.).

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Puisque le malade au volant est vieux, alors, tous les vieux sont des malades du volant !

Imaginons un monsieur, dont on nous dit qu’il est atteint de narcolepsie. Et que donc il peut soudainement s’endormir au volant. Ce qui expliquerait (à moins que ce soit un chauffard non malade) qu’en 30 ans, ledit monsieur ait déjà causé la mort de trois personnes : une en 1989, une seconde en 1997, une troisième cette année.

Excédés, et craignant pour leur sécurité, les habitants du village où ce monsieur habite viennent de lancer une pétition pour que son permis lui soit retiré.
C’est alors que quelques journaux rendent compte de l’affaire et titrent :

Le Progrès : « Une pétition pour interdire de conduire à un homme de 77 ans. »

Le Parisien : « Un village se mobilise pour empêcher un septuagénaire de conduire. »

Que vient donc soudain faire l’âge du monsieur dans une affaire dont les habitants pétitionnaires expliquent pourtant qu’elle est liée à une maladie et qu’elle a causé le premier accident quand le monsieur avait 52 ans ?

Est-ce que les journalistes auraient titré « un trentenaire » s’il avait trente ans ? Est-ce qu’ils auraient titré « Un village se mobilise pour empêcher un homosexuel de conduire » si telle était l’orientation sexuelle du monsieur ? « Une pétition pour interdire de conduire à un protestant » ou à « un juif » si telle était sa religion ?
Evidemment, non.

C’est bien parce qu’ils confondent en permanence âge et maladie qu’ils ne les différencient pas dans un tel titre, et qu’ils jugent personnellement qu’un conducteur de 75 ans est plus dangereux au volant qu’un de 25 ans (quand bien même les statistiques nous disent l’inverse !) qu’ils se permettent sans sourciller d’écrire cela.

Une forme d’âgisme d’autant plus insidieuse qu’elle se présente comme une évidence et renforce ainsi les clichés et la désinformation sur le sujet.

L’Observatoire de l’âgisme ne peut donc qu’espérer que nos villages se mobilisent aussi rapidement pour empêcher les journalistes âgistes d’écrire…

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Agisme et cancer

Le site agevillage.com vient de publier un article sur les liens entre âgisme et cancer :

« Une diatribe du Pr Lawler contre les préjugés des médecins spécialistes du cancer.

« Dans le monde entier, les personnes âgées se voient refuser un accès correct aux soins contre le cancer », affirme le professeur britannique Mark Lawler du Centre pour la recherche sur le Cancer et de la biologie cellulaire.

Dans un éditorial publié par le British Medical Journal (BMJ), le professeur Lawlerde Queens University à Belfast (Irlande) affirme : « il y a des preuves croissantes partout dans le monde que les patients âgés sont « sous-traités », ce qui conduit à un « écart de survie » avec les patients plus jeunes ».

« Nous avons besoin d’un changement fondamental dans la politique du cancer concernant le patient âgé. Nos pratiques actuelles sont essentiellement âgistes, c’est-à-dire qu’elles résultent de jugements fondés sur l’âge du patient plutôt que sur leurs capacités à intégrer un essai clinique ou à recevoir un traitement potentiellement curatif. Il est décevant que des règles différentes soient appliquées à la demande de soin des patients âgés, et que ces différences conduisent à des résultats moins bons. »

Cet éditorial, intitulé « l’âgisme dans le traitement du cancer », rappelle les positions de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du Cancer, de l’Alliance pour des essais cliniques en oncologie et de la société internationale d’oncologie gériatrique qui recommandent que les essais cliniques de nouvelles molécules soient menés sans limite d’âge.

Les femmes âgées porteuses d’une forme particulière de cancer du sein (« triple négatif ») recevraient ainsi moins de chimiothérapie que les patientes plus jeunes – malgré les preuves de l’efficacité du traitement dans cette cohorte de patients.

Plus de 70 pour cent des décès dus au cancer de la prostate surviennent chez les hommes âgés de plus de 75 ans, qui ont habituellement une maladie plus agressive. Peu de patients âgés se voient prescrire un traitement pour cancer de la prostate localisé, et dans la plupart des cas, ils n’ont pas accès à la chimiothérapie pour les stades avancés de la maladie.

« Le cancer colorectal est une autre maladie des personnes âgées, mais là encore, la preuve indique que le traitement optimal n’est pas accordé à cette cohorte de patients », ajoute le professeur Lawler.

Le Benchmarking International Cancer qui compare les résultats cliniques d’études menées en Australie, Canada, Danemark, Angleterre, Irlande du Nord, Norvège, Suède et Pays de Galles – révèle une diminution de survie des patients âgés de plus de 65 ans. Une étude EUROCARE 5 a confirmé cette tendance, ce qui laisse supposer que l’écart de survie s’élargit entre les patients plus âgés et plus jeunes en Europe.

Les pièces justificatives fournies soulignent le « besoin urgent » d’une stratégie « oncogériatrique » afin d’optimiser le traitement réservé aux patients âgés.

En France, le Plan cancer 2009-2013 consacrait une attention particulière à l’oncogériatrie et prévoyait d’augmenter l’inclusion des personnes de plus de 75 ans dans les essais cliniques.

Trois centres spécialisés en oncogériatrie existent en Île-de-France, où une action coordonnée entre gériatres et oncologues est organisée. »

Pour lire et/ou réagir à l’article sur le site agevillage.com

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Le vocabulaire du vieillissement contribue-t-il à dénigrer nos vieux ?

Sous le titre « Le vocable du vieillissement contribue-t-il à dénigrer nos vieux ? », Hospimedia publie une interview croisée de Florence Leduc, présidente de l’Observatoire de l’âgisme, et de Jean-Jacques Amyot.

 » Soucieuse de redorer l’image de la vieillesse en éradiquant tout terme négatif à son propos, Michèle Delaunay n’a de cesse de travailler sur notre vocable. Autonomie, avancée en âge, seniors… la ministre fait de la sémantique une béquille aux préconceptions boiteuses de notre société. Politique du sémantiquement correct, cache-misère ou raisonnement éclairé ?

Anecdotique pour certains, le poids des mots révèle pourtant de nombreux enjeux. En tentant de glamoriser la vieillesse par exemple, la ministre des personnes âgées et de l’autonomie espère modifier le regard de la société envers ceux qui représenteront demain plus d’un tiers de la population française. Malgré les bonnes intentions, la recette ne fait pas consensus.

« Le vocabulaire est un symptôme », lâche Florence Leduc. Tout aussi convaincue que Michèle Delaunay de l’importance des mots, la présidente de l’observatoire de l’âgisme tire une conclusion bien différente de celle de la ministre. Pour elle, changer les mots ne change pas le regard. « Il faut arrêter de fustiger les mots. La dépendance, les vieux… ce n’est ni péjoratif, ni discriminatoire ! C’est la réalité d’une personne à un moment donné. »

Surnommer pour ne pas nommer

Comment comprendre donc cette propension à gommer des mots pourtant clairs et explicites ? Pour le psychosociologue Jean-Jacques Amyot, tout part justement de cette notion de réalité évoquée par Florence Leduc. « À l’image du cancer qui se transforme en « longue maladie », il y a une magie du mot qui fait qu’en ne citant pas la chose, on a l’impression que la réalité n’existe pas. C’est pour cela qu’on a inventé le terme de 3e âge au début des années 60. Avec l’avancée en âge, on a ensuite inventé le 4e âge et même le 5e âge. S’est imposée une course folle où l’on a créé de nouveaux termes pour se donner l’impression d’être toujours jeune. »

Devant ce déni social, en apparence indolore, émerge en fait la répulsion pour celui qui ne répond plus au diktat du bien-vieillir. « Les vieux qui nous posent problème, reprend Jean-Jacques Amyot, – ceux qui nous coûtent cher et nous interdisent le rêve d’éternité pour reprendre Maisondieu – sont relégués à une catégorie balai. Ce transfert s’effectuait d’abord du 3e âge vers le 4e âge, puis du retraité vers la personne âgée, pour en arriver aujourd’hui du senior – plus dynamique – au dépendant. »
Également souligné par Florence Leduc, le terme de « dépendant » en remplacement de celui de « personne dépendante » est cette fois lourd de sens. En passant de caractéristique à nature, la dénomination objectifie la personne âgée pour Jean-Jacques Amyot, et l’exclut de l’humanité.

Dépendance et perte d’autonomie, « confusion redoutable »

Si l’on comprend donc le rôle que pourrait jouer le vocabulaire dans la réhumanisation des personnes âgées, le travail autour des mots peut vite s’avérer délétère. Florence Leduc explique. « En remplaçant un terme par un autre, pour faire joli, on vide les mots de leur sens, on en oublie leur définition. Et au final, avec beaucoup d’effet de mode et d’effet de culpabilité, on crée de la confusion. »

Première des confusions, le glissement sémantique de « dépendance » vers « perte d’autonomie ». Michèle Delaunay n’en démord pas, le terme est à jeter aux oubliettes (Que n’avait-on pas fait sous Sarkozy en proposant une grande réforme de la dépendance !). Pas inhabituelle, cette prise de position n’est pas non plus anodine, rappelle Florence Leduc, en évoquant la transformation, en 1997, de la Prestation spécifique dépendance (PSD) en Allocation personnalisée à l’autonomie (Apa) sous l’impulsion de Paulette Guinchard, alors députée.
Cette « confusion redoutable entre incapacité fonctionnelle et incapacité décisionnelle » signifierait-elle que les personnes n’ont plus le droit de décider de leur façon de vivre si elles ont besoin d’être aidées dans les actes de la vie quotidienne ? La question que pose le sociologue Bernard Ennuyer en dit long.* Sous cet angle, la confusion sémantique s’avère donc « très dangereuse » pour Jean-Jacques Amyot, qui, tout comme Florence Leduc, tient à le rappeler : « nous sommes tous interdépendants ».

Michèle Delaunay n’a cependant pas totalement tord lorsqu’elle insiste sur le besoin de supprimer le terme de « prise en charge » au profit de celui d' »accompagnement ». « La prise en charge, j’en parle quand je traite de l’administratif ou du financier », expose Florence Leduc. Jean-Jacques Amyot, lui, évoque ses petits boulots de jeunesse au volant d’un transpalette. Clairement, la prise en charge, longtemps utilisée pour qualifier l’aide aux âgée, conduit à la « chosification ». Aussi Jean-Jacques Amyot rebondit-il : le terme de « fragilité », amené par les gériatres américains, est lui aussi inadapté. « Les mots ont un poids. On a beaucoup trop tendance dans le sanitaire ou le médico-social à ramener à des termes d’usinage. « Fragile », c’est ce que l’on voit sur un carton. Il faut lui préférer le terme « vulnérable », au moins, on est sûr que l’on a à faire à de la vie ». Et à Florence Leduc de conclure : la langue est suffisamment riche pour que nous utilisions les bons mots au bon moment. »

Agathe Moret

* Lire « Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et Société n°145, FNG.

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Les transports gratuits pour les jeunes et les vieux ?

L’Observatoire de l’âgisme apprend que certains candidats aux municipales promettent par exemple la gratuité des transports aux « jeunes étudiants » et aux « personnes âgées ».

L’Observatoire de l’âgisme tient à rappeler qu’il lui semble injuste que « les jeunes étudiants » et « les personnes âgées » ayant les moyens de payer leurs trajets ne le fassent pas et ne voit pas au nom de quel principe (est-ce de la charité, de la pitié ?) un tel cadeau serait fait à ces catégories de citoyens que l’âge ne rend pas ni plus ni moins citoyens que les autres.

L’Observatoire de l’âgisme se réjouirait en revanche que des candidats réfléchissent et agissent en faveur des personnes qui, à tout âge, et parfois à cause de leur âge, accèdent moins facilement à l’emploi, aux soins, aux études, etc.

La réaction de Florence Leduc, Présidente de l’Observatoire de l’âgisme :

« On réinvente l’assistance ! C’est normal, c’est une période électorale ! Au moment où tous les clignotants sont au rouge, où l’on nous annonce des économies sur tous les postes budgétaire, et y compris les plus sensibles (santé par exemple) la démagogie bat son plein !

D’autant plus que les cibles sont utilisée à l’appui de propositions fleurant bon l’appât, à l’instar des colis de Noël ! les jeunes et les vieux d’abord ! Mais attention, pas tous les jeunes ! Les jeunes étudiants ! Pas les jeunes chômeurs, pas les jeunes à la rue…

Mais au fait, votent-t-ils ?

Quant aux personnes âgées, que la proposition veut rendre bénéficiaire de la gratuité des transports parisiens, plus personnes ne pense qu’elle représentent une sous-catégorie des adultes ; elles ne sont que âgées d’un certain âge ! Quel mépris pour des gens qui ne demandent pas à être écarté de la société, à un moment même où l’on prône l’adaptation de la société aux âges de la vie, au changement de regard ! Non au misérabilisme ! Non au retour à l’assistance, nous sommes au siècle de la citoyenneté !

Que les transports soient gratuits ou mieux, payés au prorata des moyens de ceux qui éprouvent les conséquences terribles d’une économie bien peu soucieuse des individus pourrait être une bonne idée… à condition que les personnes concernées le demandent, l’acceptent…

Et si on leur demandait leur avis ? »

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Les discriminations liées à l’âge sont en régulière augmentation

Dominique Baudis : « Les discriminations liées à l’âge sont en régulière augmentation »

Alors qu’est célébrée mardi 1er octobre la Journée mondiale des personnes âgées, Dominique Baudis, le Défenseur des droits, alerte sur la progression des refus d’accès à l’assurance, au crédit ou même au logement :

Lire l’interview sur le site du journal La Croix.

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Communiqué de presse

Septembre 2013
L’Observatoire de l’Agisme fixe sa feuille de route
à l’occasion de son Assemblée générale.

Créé en 2008, l’Observatoire de l’âgisme est un collectif rassemblant associations, médias, chercheurs, personnalités…, désireux de réfléchir aux discriminations liées à l’âge (âgisme) afin de mieux lutter contre. A l’occasion de son Assemblée générale du 3 juillet 2013, l’Observatoire n’a pu que constater la permanence des discriminations et stéréotypes âgistes et s’est donc fixé un ambitieux cadre de travail.

Cette réunion de l’Assemblée générale fut l’occasion pour l’Observatoire d’évoquer les sujets d’actualité, notamment autour du débat de la limite d’âge en ce qui concerne la conduite automobile. L’Observatoire rappelle que la dangerosité d’un conducteur n’est pas liée à son âge mais à certaines situations particulières (maladies, prises de substances, alcool, effets de certains médicaments, etc.). Bien que les jeunes conducteurs provoquent plus d’accidents que les vieux, ce sont uniquement à ces derniers que certains voudraient imposer un examen au-delà d’un certain âge. L’Observatoire rappelle que si un tel examen a un intérêt (non prouvé par les études), il doit être passé quel que soit l’âge du conducteur.

DENONCER ET INFORMER…

L’Observatoire a vocation à regarder et analyser toutes les discriminations liées à l’âge, envers les plus vieux comme envers les plus jeunes. Les préjugés et stéréotypes liés à l’âge sont nombreux et sont fortement ancrés dans les consciences collectives : les jeunes seraient passifs, non-motivés, voire violents.. Les vieux seraient oisifs et égoïstes, avant de devenir malades et « dépendants » ! Voilà le type d’idées reçues que souhaite dénoncer l’observatoire.

… SUR DES SUJETS DE SOCIETE...

Outre la thématique de la conduite automobile, l’Observatoire de l’Agisme souhaite traiter divers sujets :

Age et emploi : qu’il s’agisse de la question du maintien dans l’emploi des seniors ou de l’accès à l’emploi des plus jeunes, les discriminations liées à l’âge sont nombreuses en ce domaine. L’Observatoire rappelle que ne pas employer les uns ne permet pas plus d’employer les autres… et qu’il est essentiel de travailler au contraire sur ce qui permet, en termes de formation continue comme de transmission d’expérience, de relier entre elles les différentes générations.

Age et accès aux soins : l’accès aux soins demeure un enjeu de société majeur. Pourtant, en raison de la situation, notamment économique, de certains jeunes, en raison de la prise en compte de l’âge par les mutuelles, en raison d’un dispositif uniquement destiné aux personnes handicapées de plus de 60 ans, de il existe de très fortes inégalités liées à l’âge dans l’accès aux soins. L’Observatoire entend lutter afin que l’âge d’une personne malade et/ou handicapée ne soit jamais un critère d’un moindre accès à des soins de qualité.

Age et médias : l’analyse des images utilisées par les médias au sujet de la vieillesse et de la jeunesse montre qu’elles transmettent de nombreuses idées reçues. L’Observatoire souhaite proposer aux médias des éléments d’analyse et des ressources pour contribuer à donner des différentes âges de la vie des visions plus nuancées et plus proches de la réalité d’un pays où l’on constate que les générations s’entraident bien plus qu’elles ne s’opposent.

Retrouvez l’interview de Florence Leduc,
nouvelle présidente de l’Observatoire de l’âgisme

Contact Presse
Florence Leduc, présidente de l’association
Juliette Pellissier, vice-présidente de l’association
courriel : http://agisme.fr/spip.php?article2

Observatoire de l’Âgisme
250 bis, boulevard Saint-Germain – 75007 PARIS
tél : 01.45.48.00.28

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Un avis important de la CNCDH sur les « droits des personnes âgées »

Juillet 2013.
La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme vient de rendre un avis, important, sur les « droits des personnes âgées ».

Important car rappelant avant tout que l’âge d’une personne ne donne ni n’enlève de droits spécifiques. Autrement dit :
«La CNCDH considère que les droits fondamentaux doivent être respectés à toute étape de la vie. Elle estime que l’approche à privilégier pour une mise en œuvre effective des droits des personnes âgées est celle de la lutte contre les discriminations. En effet, les droits des personnes âgées ne sont ni contestés ni méconnus, mais ces dernières rencontrent des obstacles persistants dans l’exercice effectif de leurs droits. Pour la CNCDH, il convient donc de veiller à une meilleure application du droit commun et de lutter contre toutes les formes de discriminations liées à l’âge afin de rendre effectifs
les droits des personnes âgées.»

Important aussi car rappelant que parmi ces discriminations, il en est une bien française « dans le cadre des critères d’attribution des prestations de compensation du handicap et de l’allocation personnelle d’autonomie (à partir de 60 ans). Les montants alloués peuvent varier ont fonction de la date de
naissance de la personne et non pas en fonction de ses besoins. L’article 13 de la loi de 2005 prévoyait que dans un délai de 5 ans les pouvoirs publics devaient avoir réduit les barrières d’âge dans l’accès aux prestations compensatoires de handicap. La CNCDH recommande que les mesures
nécessaires soient prises ».

De nombreuses autres recommandations, dans cet avis, visant à améliorer l’effectivité des droits des personnes âgées

Présentation de l’avis :

En réponse à une saisine de la ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l’autonomie Michèle Delaunay, la CNCDH a adopté jeudi 27 juin un avis sur la question des droits fondamentaux des personnes âgées aux plans national, européen et international fondé sur la lutte contre les discriminations ainsi que la protection spécifique nécessaire aux personnes âgées en situation de dépendance.

La notion de personne âgée est complexe. Quel que soit le pays considéré, les politiques de l’âge apparaissent encore très ciblées sur un groupe aux contours flous, communément appelé les séniors, les retraités, les aînés ou les personnes âgées. Il ne s’agit pas d’une catégorie homogène et aucun consensus national ou international n’existe au sujet de l’âge définissant les personnes âgées. Même si l’âge ne se traduit pas nécessairement par l’existence d’une situation de vulnérabilité, la vieillesse augmente la probabilité de l’existence d’une situation de dépendance qui appelle dès lors une protection spécifique.

Pour la CNCDH, il convient donc de veiller à une meilleure application du droit commun et de lutter contre toutes les formes de discriminations liées à l’âge afin de rendre effectifs les droits des personnes âgées.

Les principales recommandations de la CNCDH :

– Enrayer le phénomène discret mais présent de la maltraitance des personnes âgées, y compris les abus de nature financière.

– Encourager la participation sociale des aînés, notamment à travers des mesures d’effectivité du droit de vote.

– Prendre les mesures nécessaires garantissant l’élimination des discriminations existantes en matière d’emploi, d’accès aux biens et services, d’accès aux soins, aux prestations compensatoires et au logement.

– Prendre en compte de façon accrue des difficultés spécifiques que connaissent les femmes et les migrants âgés.

– Veiller de façon spécifique aux droits et libertés des personnes en EHPAD, notamment le consentement libre et éclairé des personnes à l’entrée en EHPAD, la liberté d’aller et venir, le respect de la vie privée et de la vie familiale en EHPAD. A cet égard, La CNCDH préconise notamment d’élargir la compétence du contrôleur général des lieux de privation de liberté aux EHPAD afin de veiller au respect des droits fondamentaux des personnes âgées.

– Renforcer les dispositifs permettant de renforcer l’effectivité des droits, notamment un meilleureprise en compte et un soutien accru aux aidants, et une meilleure information sur les droits dont peuvent bénéficier les personnes âgées et leurs familles ainsi qu’une meilleure diffusion de ceux-ci, un accompagnement des personnes, une meilleure formation et soutien au personnel d’établissements.

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En ligne sur le site de la CNCDH :

Lire leur communiqué de presse.

Lire l’Avis complet.

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