Le vieillissement de la population, un  » fléau « 

Dimanche 24 avril, dans l’émission Ripostes, Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, indiquait en parlant des réformes engagées par le gouvernement dans le domaine de la santé (et notamment l’instauration des franchises dites « médicales ») :

« […] toute notre politique c’est pour lutter contre un fléau qui va arriver c’est celui du vieillissement de la population ».

L’Observatoire de l’Âgisme comprend difficilement comment le « vieillissement de la population », qui voit la majeure partie d’entre nous vivre plus longtemps qu’autrefois, et bien plus longtemps en bonne santé, peut s’apparenter à un « fléau ».

A moins, bien sûr, que l’on considère notre pays comme une entreprise et ses citoyens comme des ouvriers : qu’ils vivent plus longtemps qu’ils ne produisent et ne meurent pas juste après avoir quitté l’âge de leur plus haute productivité, est alors insupportable…

L’Observatoire de l’Âgisme souhaite rappeler à Madame la Ministre que beaucoup de ses concitoyens ont conscience qu’ils vieillissent, s’en servent pour grandir, et se portent d’autant mieux qu’ils ne vivent pas dans la haine ou le dégoût de leur avenir.

Quant au « fléau », il en existe bien un : non pas vieillir, mais vivre sa vieillesse, surtout lorsqu’elle s’accompagne de maladies ou de handicaps, avec peu de ressources, des aides insuffisantes, un mauvais accès aux soins, un environnement inadapté, une société qui vous regarde comme une « charge »…

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Seniors et personnes âgées, de parfaits boucs émissaires.

Seniors et personnes âgées, de parfaits boucs émissaires.

Depuis quelques années, le phénomène s’amplifie.

C’est un démographe qui annonce un avenir où la France « ressemblera beaucoup plus à un hospice qu’à un Gymnase Club » (1 ) !

C’est un professeur d’économie qui dépeint notre pays comme « une nation d’hypocondriaques vieillissants » (2).

C’est un philosophe qui propose d’établir une « fin de vie citoyenne » (sic) et de supprimer le droit de vote aux personnes de plus de 80 ans (3).

C’est un conseiller d’État qui présente les retraites comme une forme de don et affirme qu’il faut cesser de « donner aux retraités » (4).

C’est un économiste qui déplore que la France dépense trop pour « entretenir ses vieillards impotents » et pour le « maintien en vie de cette population du 4e âge » (5).

Ce sont des essayistes qui, de plus en plus régulièrement, opposent les « forces vives sacrifiées » aux « vieux » et aux « seniors » qui « tiennent tous les pouvoirs », « captent la richesse du pays », « ont ruiné leurs enfants » (6)…

Il semble nécessaire de rappeler, face à ces discours caricaturaux, quelques éléments de la réalité.

Dans la réalité, le chômage touche gravement les moins de 30 ans et les plus de 50 ans ; le nombre de personnes âgées pauvres augmente chaque année et, si rien n’est fait, rejoindra bientôt celui des personnes pauvres jeunes ; la majorité des retraités ne perçoivent pas de revenus du patrimoine.

Dans la réalité, vit parmi les 55-75 ans une grande partie de ceux qui, à travers les activités associatives et/ou familiales, les aides et entraides, le prendre soin…, font chaque jour le tissu social du pays.

Dans la réalité, sans les idéaux et le travail d’une grande part des « personnes âgées » d’aujourd’hui, n’aurait pas été construit, dans la France ruinée de 1945, un système social ayant permis d’assurer à tous, comme jamais auparavant dans l’histoire de notre pays, instruction, retraites, soins, etc.

Dans la réalité, « les jeunes » comme « les vieux » souffrent de tous ces discours qui caricaturent, discriminent et stigmatisent à coups de stéréotypes des individus au prétexte de leur appartenance à une « classe d’âge ».

Mais les discours âgistes sont séduisants. Ils rendent le monde tellement simple : plus de riches et de pauvres de tous âges ; plus de compétents et d’incompétents de tous âges ; plus d’imbéciles et d’intelligents de tous âges. Le temps fait désormais tout à l’affaire : il n’y a plus que des seniors aisés, profiteurs et conservateurs qui dominent un pays de jeunes dynamiques mais pauvres ; que des vieilles « forces mortes » qui sucent le sang des jeunes « forces vives ».

Il faut dire que les « seniors » et les « personnes âgées » forment de parfaits boucs émissaires. On peut tout leur reprocher. Sommes-nous incapables d’accroître l’intérêt politique et le vote des jeunes ? On se lamentera après les élections sur le poids du « vote seniors ». Sommes-nous incapables de réduire le chômage ? On l’imputera aux « seniors qui s’accrochent ». Sommes-nous incapables de financer notre système de soins ? On reprochera aux « personnes âgées dépendantes » d’être davantage malades ou handicapées que les jeunes et de « coûter cher ».

L’âgisme est dangereux. Il finit par désigner à la vindicte les plus vieux d’entre nous, accusés d’être des freins au progrès, des charges pour le pays. Des poids qu’on traîne. Des poids qui font dire qu’« il existe un excédent prévisible de personnes âgées par rapport aux capacités de financement des systèmes de protection sociale » (7). Des poids qui font souhaiter que « du point de vue de la dépense publique, il vaudrait mieux que meurent les gens qui veulent rester oisifs » (8).

Des boucs émissaires qu’on finira ainsi par juger superflus, prélude à un nouveau temps barbare, où l’adoration d’un jeune veau d’or vaudra bien le sacrifice d’un vieil homme.

— 

(1) Jacques Dupâquier. Discours du 8 janvier 2007 à l’Académie des sciences morales et politiques.

(2) Jean de Kervasdoué, « Une nation d’hypocondriaques vieillissants ». Le Monde, 19 décembre 2004.

(3) Yves Michaud, durant l’émission « L’Esprit public ». France Culture, 4 juin 2006.

(4) Bernard Spitz. « Du baby-boom au « papy-krach » », Le Figaro, 22 septembre 2006 ; « Une politique contre les jeunes », La Croix, 5 mars 2008.

(5) Alain Cotta, « Qui décidera de distribuer la richesse en faveur des seniors ? » In : Claude Jeandel (dir.), Vieillir au XXIe siècle. Universalis, 2004.

(6) Laurent Bouvet, Louis Chauvel, Patrick Artus…

(7) « Mondes en mouvement » Rapport annuel de l’Ifri 1987-1988.

(8) Richard Liscia. Éditorial. Le Quotidien du médecin, 30 mars 2005.

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Vieux gourmands… mais vieux gâteux ?

L’Académie Goncourt se rénove. Elle a jugé avec pertinence qu’il était nécessaire de modifier ses statuts afin de n’avoir plus à subir, comme cette année, les attristantes conséquences du manque de rigueur de certains de ses membres. Elle souhaite ainsi que les absences répétées aux réunions deviennent un motif d’exclusion et que les jurés ne puissent voter qu’en étant présents lors du vote.

On s’étonne qu’il ait fallu si longtemps pour adopter de telles mesures.
On s’alarme en revanche de la décision d’instaurer une limite d’âge pour voter. À 80 ans, prévoit en effet la réforme, le membre du jury passera automatiquement à l’honorariat : il sera autorisé à participer aux réunions et aux débats, à déjeuner donc avec ses pairs chez Drouant, mais sera exclu du vote !

L’Académie veut-elle éviter qu’un juré devienne routinier ? Bien. Il suffit alors d’en finir avec l’élection à vie et de limiter à dix ou vingt ans, par exemple, la présence au sein de l’Académie. Désire-t-elle, comme une marque, « rajeunir son image » ? Bien. Rien ne l’empêche d’élire des jurés appartenant à toutes les générations.

Mais 80 ans, âge limite… En quoi l’appréciation de la qualité d’un roman est-elle liée à l’âge ? Quelles sont les compétences qui viendraient automatiquement à manquer du fait du changement de décennie ? Faut-il conclure, pour être aussi précis que l’Académie, qu’après 80 ans on resterait capable de manger, mais pas de voter ? Vieux gourmand… mais vieux gâteux ? Alors même qu’on n’est jamais trop vieux, heureusement, pour recevoir le prix Goncourt.

« Le temps ne fait rien à l’affaire. » Molière l’écrivit, Brassens le chanta : la compétence, l’incompétence, ne sont pas affaire d’âge (ni, faut-il le rappeler, de genre, de couleur, de fortune, d’origine, etc.).

À l’ignorer, on entre à pieds joints dans la discrimination. Une discrimination qui ne touchera que les jurés de l’Académie Goncourt. Du moins dans un premier temps. Car l’idée, simpliste et facile, fera son chemin : plus capables par nature de juger d’un roman, comment les octogénaires seraient-ils capables de juger d’un programme politique ? On s’approche dangereusement de ce que préconisait dès 2006 le philosophe Yves Michaud : établir une « fin de vie citoyenne » (sic) et supprimer le droit de vote à 80 ans.

L’Académie Goncourt ne peut modifier ses statuts sans l’aval du Conseil d’Etat. Nous attendons bien entendu de ce dernier qu’il rejette une telle mesure, discriminatoire et potentiellement contagieuse par l’exposition médiatique dont profite chaque année la désignation du nouveau Goncourt.

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Une politique contre les jeunes !

Le 5 mars 2008, dans La Croix, une tribune signée Bernard Spitz, ancien directeur de la stratégie chez Vivendi Universal et gérant de BSConseil, intitulée « Une politique contre les jeunes ».

Une tribune typique – elle reprend la plupart des stéréotypes âgistes sur le sujet – qui mérite quelques commentaires.

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Âgisme et conduite automobile

L’Observatoire de l’âgisme écrit au Président de M6 :

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Les Violences faites aux femmes… de moins de 60 ans !

L’INSEE vient de publier le dernier numéro de sa revue INSEE Première, sur la question des « violences faites aux femmes ».

Réalisé à partir de l’enquête INSEE-OND « Cadre de vie et sécurité » de 2007, dont il était question dans la lettre collective à la Halde de janvier 2008, ce travail ne concerne donc que des violences faites aux femmes âgées de 18 à 59 ans…

On ne sait donc pas, actuellement, en France, la fréquence, la nature, la gravité, les pistes de lutte, etc., concernant les violences subies par les femmes âgées de plus de 60 ans. (Ni, du reste, celles subies par les hommes de plus de 60 ans).

Voir l’INSEE Première n’1180 sur le site de l’INSEE .

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Lettre à la HALDE (agisme et discrimination)

Une lettre collective vient d’être envoyée à la HALDE.

Texte et signataires ci-dessous.

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Pour une définition de l’âgisme.

Peu de définitions synthétiques satisfaisantes de l’âgisme, actuellement, en France.

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Qui sommes-nous ?

L’observatoire de l’âgisme est un collectif, créé début 2008 (réunissant associations, médias, chercheurs, individus), ayant pour objet d’assurer une veille documentaire et informative concernant l’âgisme, de développer les connaissances sur l’âgisme et de promouvoir réflexions et actions permettant de le prévenir et de lutter contre.

Par âgisme, nous entendons toute forme de discrimination, de ségrégation, d’exclusion, prenant l’âge pour motif – quel que soit cet âge. En précisant donc bien clairement : l’âgisme n’est pas lié à une « catégorie » d’âge et ne touche donc pas que « les jeunes » ou que « les vieux ».

Ce site s’enrichit en permanence de textes, articles, réflexions, sur le sujet de l’âgisme (en général dans la rubrique ’Ressources’). Il reprend également les réactions, courriers et communiqués de l’Observatoire (généralement dans la rubrique ’Actualités’).

Il y a quelques années, l’Observatoire de l’âgisme a connu un crise importante : il avait été créé surtout par des personnes issues du monde de la gérontologie. Pour une part d’entre elles, l’âgisme touchant les jeunes personnes (celles qualifiées de « mineures ») et les jeunes adultes soit n’existait pas, soit leur paraissait devoir être traité en dehors des préoccupations de l’Observatoire.

A cette crise, s’est ajouté un manque de temps et de ressources. L’Observatoire ayant toujours défendu son indépendance et sa liberté de parole, il n’a été ni financé ni aidé, ce qui n’est pas étonnant, la majorité des financements dans le domaine dit de la lutte contre l’âgisme étant associé à des pratiques paternalistes ou lucratives que l’Observatoire n’a cessé de critiquer. Du coup, la partie « association », avec maintien de tout ce que cela implique d’un point de vue administratif notamment, a cessé.

Il reste donc désormais comme un lieu moins formel – et toujours aussi libre – de réflexions, de réactions, de veille, auquel peuvent contribuer toutes les personnes intéressées. Il suffit pour cela de nous contacter.


Pour info, et pour histoire,

le dernier bureau formalisé de l’association qui avait créé l’Observatoire de l’âgisme était composé de :
– Florence Leduc (présidente) – Alors Présidente de l’Association Française des Aidants.
– Juliette Pellissier (vice-présidente, secrétaire) – autrice, docteure en psychologie, psychothérapeute.
– Annie de Vivie (trésorière) – fondatrice des médias Agevillage et Agevillagepro.

Parmi les membres du dernier Conseil d’Administration de l’Observatoire (! : les indications entre parenthèses sont donc celles de l’époque), citons :

Stéphanie Bertrand (Aide à domicile en milieu rural) ; Michel Billé (sociologue) ; François Blanchard (Association Francophone des Droits de l’Homme Âgé) ; Vincent Caradec (sociologue) ; Alice Casagrande (Fehap) ; Jean-Michel Caudron (ingénierie gérontologique) ; Pascal Champvert (Associations des Directeurs au Service des Personnes Agées) ; Sylvain Denis (Fédération Nationale des Associations de Retraités) ; Jean Doudrich (France Alzheimer) ; Marcel Drulhe (sociologue) ; Didier Duplan (Fédération ADESSA) ; Bernard Duportet (Habéo) ; Delphine Dupré-Lévèque (anthropologue) ; Bernard Ennuyer (sociologue) ; André Flageul (Union Nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles) ; Laurent Giroux (Synergie) ; Maryvonne Gognalons-Nicolet (Sociologue) ; Serge Guérin (Sociologue) ; Pierre Guillet (Gérontologue) ; Paulette Guinchard (Ancienne Secrétaire d’Etat aux personnes âgées) ; Jean-Claude Henrard (Professeur de santé publique) ; Emmanuel Hirsch (Espace Ethique de l’AP-HP) ; Geneviève Jurgensen (Rédactrice en chef de Notre Temps) ; Joëlle Le Gall (Fédération des Associations de Familles et Résidents) ; Monique Membrado (Sociologue) ; Robert Moulias (Allo Maltraitance Personnes Agées) ; Catherine Ollivet (France Alzheimer) ; Michel Personne (Sociologue) ; Louis Ploton (Professeur de psycho-gérontologie) ; Marielle Poussou (Sociologue) ; Bernadette Puijalon (Anthropologue) ; Gérard Ribes (Professeur de psychologie) ; Jacqueline Trincaz (Sociologue) ; Françoise Toursière (Fédération Nationale des Associations de Directeurs d’Etablissements et services pour Personnes Agées)…

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Contribuer à l’observatoire de l’âgisme

L’observatoire de l’âgisme a pour objectif d’observer et de lutter contre les toutes les formes d’âgisme. Objectif concrètement réalisable grâce, notamment, à vos témoignages ou réflexions sur les discriminations ou ségrégations fondées sur l’âge, stéréotypes ou idées reçues sur les jeunes ou sur les vieilles personnes, etc.

Vous pouvez en effet enrichir ce site en proposant vos témoignages et réflexions concernant ces différents aspects : pour cela, le plus simple est de nous écrire à l’adresse suivante :

contact#agisme.fr ( REMPLACER le signe # par le signe @ )

De même, n’hésitez pas à nous envoyer tous les extraits de presse ou de livre, retranscription d’émissions avec leurs références très précises, etc., témoignant de clichés, insultes, etc., liés à l’âge.

Merci de votre soutien,

A bientôt !

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