L’âge, première forme de discrimination

D’après le « Baromètre des discriminations 2006 » publié en novembre 2006 par l’Observatoire des discriminations, l’âge est la première forme de discrimination à l’embauche.

Un homme de 48-50 possède trois fois moins de chance d’accéder à un emploi (sept fois moins de chances si c’est un emploi de cadre) que le candidat témoin, âgé de 28-30 ans. Les discriminations dues à un patronyme maghrébin ou à un handicap sont moins importantes que celle due à l’âge.

Début de l’étude :

« Il s’agit du premier Baromètre ou indice des discriminations à l’embauche. Jusqu’alors on n’a produit que des résultats très partiels (un type d’emploi, quelques firmes, un type de discrimination comme l’origine ethnique par exemple, une zone géographique). Il s’agit de se doter d’un « point zéro » qui permettra de mesurer les progrès dans la lutte contre les discriminations. Tout repose sur la représentativité de l’échantillon et sa taille qui permet de ventiler les résultats par exemple par secteur, région, taille d’entreprise ou encore type d’emploi.
Méthode :

Nous avons comparé les résultats (convocations à un entretien d’embauche) qu’obtenaient un candidat de référence (homme de 28-30 ans, « français de souche » par son nom et prénom, sans photo) et des candidats factices susceptibles d’être discriminés en raison de :

L’âge : un homme de 48-50 ans
Du genre et du nombre d’enfants : une femme avec 3 enfants
De l’origine : nom et prénom du candidat à consonnance maghrébine
Du handicap : reconnaissance cotorep
De l’apparence physique : visage disgracieux

Nous avons envoyé 6 461 CV durant une année en réponse à 1340 offres d’emploi. Les CV ont été adressés par internet et papier en réponse à des offres d’emploi. Le taux de réponse positive obtenu par nos candidatures factices est d’environ 9,26 %.

Notre échantillon nous permet de comparer la situation des candidats à des emplois selon la catégorie sociale. Nous testons des emplois de cadres, de techniciens, commerciaux ou encore agents de maitrise (professions intermédiaires dans la nomenclature de l’Insee), d’employés et d’ouvriers. Nous pouvons comparer la réalité des entreprises (le niveau des discriminations) selon la taille de l’entreprise – de 20 salariés, 20 à 200 et + de 200 salariés. Nous avons des éléments de comparaison sur les différences régionales et les secteurs d’activité (construction, industrie, tertiaire)

Nous avons moins testé la variable genre et les chiffres ont été redressés pour en tenir compte. Les chiffres qui suivent ont été calculés à partir des réponses brutes obtenues lors des tests. En effet, notre échantillon testé ne correspondait pas exactement à la répartition nationale des emplois par catégorie sociale, secteur, taille d’entreprise ou régions même s’il en était proche (nous avons appliqué une méthode par quotas mais disposions de données plus complètes dans certains cas). Les données suivantes sont une mesure recalculée des discriminations qui est représentative des discriminations dans l’accès à l’emploi (hors fonction publique)2.
Résultats d’ensemble par type de discrimination

L’âge est la première forme de discrimination. Un candidat de 48-50 ans reçoit en effet 3 fois moins de réponses positives que notre candidat de référence âgé de 28-30 ans. Nous n’avons naturellement pas répondu aux offres d’emplois qui précisent, en toute illégalité, un critère d’âge. Les annonces précisant un critère d’âge représentent par exemple 8 % des annonces de commerciaux. Les chances de notre candidat âgé sont donc en réalité encore plus faibles. Nous avons réalisé des tests de discrimination en avançant dans une partie de l’échantillon à 48 ans au lieu de 50 ans l’âge de nos candidats séniors. Ce rajeunissement relatif ne change rien à la discrimination qui concerne les séniors. »

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La France « atteinte de plein fouet » ! Par le vieillissement, bien sûr.

Une fois de plus, démographes et médias font dans la nuance.

Article du journal Le Monde, ce 20 décembre 2006.

Qui annonce :

« A l’horizon 2030, la France (…) comme la plupart de ses voisins européens, sera atteinte de plein fouet par un « vieillissement inéluctable », selon l’expression de l’Insee. »

Faut-il commenter le ton, les mots employés, et remarquer que ce sont rarement les perspectives ou nouvelles positives qui atteignent de plein fouet un pays ?

Plus intéressant : la suite de l’article indique les détails de ce « vieillissement inéluctable » en insistant sur l’augmentation du nombre de personnes de 60 ans et plus. Et, comme d’habitude, cet âge est associé à celui de la vieillesse, alors que nous ne sommes plus vieux à 60 ans !

Ainsi, on peut continuer à asséner : 60 ans = vieux ; donc augmentation des plus de 60 ans = augmentation des vieux, vieillissement, catastrophe, etc. !

Soulignons également que la journaliste parle d’une conséquence de ce « vieillissement » : « faire nettement grimper l’âge moyen des français ».

Le « nettement » ? : l’âge moyen des français va grosso modo passer de 40 ans aujourd’hui à 42 ans et des poussières en 2030. Ca grimpe sec !

Une fois de plus, donc, Insee ou Ined en appui de son incompétence ou de son ignorance, un journal enfile les clichés ou les inexactitudes :

– en reprenant sans analyse la notion, discutable, de vieillissement d’une population (Cf. cet autre article) ;

– en présentant donc comme une catastrophe l’arrivée à la soixantaine de nombreuses personnes nées dans les années 1945-1950 ;

– en associant l’âge de 60 ans avec la vieillesse ;

– en faisant donc croire que la France, dans 25 ans, sera un pays de vieux – et qu’un pays de vieux est un pays atteint de plein fouet par…

Tiens, j’y pense : il paraît que l’un des métiers où existe le plus de ségrégation par rapport à l’âge, où l’on est considéré comme un vieux dès 35 ans, est celui de journaliste.

Au-delà de 35 ans, risqueraient-ils d’écrire moins d’âneries sur les âges et le vieillissement ?

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Clichés âgistes sur les « seniors » en vacances…

« Jeunes en galère, seniors en croisière »

Toujours plus et encore plus de clichés… sur les « seniors » (tous) riches et les jeunes (tous) pauvres.

François de Closets vient de publier « Plus encore » !

Ou, entre autres, d’après ce que nous apprend Le Cinquième monde du mois de novembre 2006, l’auteur enfile les perles suivantes :

Les retraités « vivent à crédit sur le dos de leurs héritiers » ;
Les seniors « touchent les dividendes de leur pouvoir ».

Bref, « jeunes en galère, seniors en croisière », assène l’auteur.

Qui, comme tant d’autres qui colportent les mêmes clichés, oublie que le chômage touche actuellement particulièrement les jeunes ET les plus de 50 ans ; que la misère concerne actuellement en France plus d’un million de personnes de plus de 60 ans. Etc.

Les seniors dont parlent M. de Closets sont sans doute les quelques uns croisés en voyage. Il faudrait que les essayistes parisiens « seniors » qui vivent dans un tout petit milieu aisé cessent de croire que la situation de leurs ami(e)s est typique de celle(s) de la majorité des Française(s). Et qu’ils cessent donc de prétendre que les retraités sont tous riches [1] ! Et qu’ils cessent enfin de prendre le pont des paquebots ou des yachts qu’ils arpentent pour les rues du pays !

(Au passage, sondage Ifop, juin 2006 :

« 72 % des personnes interrogées âgées de plus de 65 ans indiquent qu’elles ne partiront pas en vacances cet été‚ notamment pour des raisons économiques »

Il est donc des neurones plus souvent en croisière… que les « seniors »)

Pour un point précis sur les chiffres de l’Insee concernant les départs en vacances en fonction de l’âge, chiffres qui montrent que les fameux « seniors » partent en réalité moins que les plus jeunes, voir cet autre article.


Notes :

[1] Quelques chiffres de la réalité de 2001 : en France, les retraité(e)s perçoivent en moyenne 1 126 euros bruts (7 397 francs) par mois. Pas de quoi crier haro sur le baudet doré…

Mais les moyennes ne veulent rien dire. Ainsi, la retraite moyenne des femmes est de 848 euros (5 571 francs), quand celle des hommes est de 1 461 euros (9 597 francs).

Dès qu’on sort de cette moyenne et qu’on observe ce que perçoivent respectivement la majorité des retraité(e)s et la minorité des retraité(e)s, on découvre encore mieux la réalité :

Celle que vivent les femmes : 62,5 % des femmes retraitées perçoivent une retraite inférieure à 899 euros (5 905 francs) et seules 12 % des femmes retraitées perçoivent une retraite supérieure à 1 500 euros (9 854 francs).

Celle que vivent les hommes : 45 % des hommes retraités perçoivent une retraite inférieure à 1 200 euros (7 883 francs) et seuls 10 % des hommes retraités perçoivent une retraite supérieure à 2 100 euros (13 795 francs).

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