Ce n’est pas que nous n’avons collectivement rien entendu, puisque cela
fait vingt ans que nous relayons les voix des adultes malades et/ou
handicapé.es âgé.es, dit.es « personnes âgées dépendantes », qui demandent
d’être accompagné.es comme des adultes malades et/ou handicapé.es.
/
Ce n’est pas que nous ne savions rien, puisque cela fait vingt ans que
nous dénonçons le manque cruel de moyens et de formations dans des
établissements, qu’ils soient luxueux ou non sur l’aspect hôtelier, dits
« maisons de retraité », et qui sont en réalité des services de longs
séjours + des service de soins palliatifs + des services spécialisés
« syndromes démentiels » + des services de psychiatrie pour adultes âgé.es
+ des services d’addictologie pour adultes âgées + etc., sans aucune
possibilité d’être ajustés à tous ces prendre-soin particuliers.
Ce n’est pas que les familles n’aient pas exprimé leurs craintes,
puisque cela fait vingt ans qu’elles souffrent d’une double contrainte
permanente, entre s’épuiser à domicile pour mal accompagner des
parent.es malades et/ou handicapé.es âgé.es insuffisamment soutenues par
des services à domicile en manque cruel de moyens et de formations, ou
culpabiliser de mettre ces mêmes parents dans des établissement en
manque cruel de moyens et de formations.
Et cela fait vingt ans que les responsables politiques font les
autruches, enterrent tout projet de 5e risque, réduisent les moyens
d’année en année, détruisent les services hospitaliers adaptés, servent
les grands groupes privés de maisons de retraite, méprisent les
professionnel.les et les aidant.e.s, et freinent la recherche en
gérontologie.
Scandale avant-hier quand une canicule. Scandale hier quand une
pandémie. Scandale aujourd’hui chez Orpéa et Korian. Scandale demain au
prochain grand froid ou à la prochaine fois que la maltraitance et
l’âgisme, systémiques et politiques, toucheront par chance pour les
autres, pour les sans-voix, le père d’un député ou la mère d’une
journalise. Scandale qui retombera dans deux semaines ou dans deux mois,
après un énième rapport parlementaire, copie quasi conforme du
précédent, qui dira que « c’est pas bien et qu’il faut faire quelque
chose et que les gérontechnologies sont prêtes à nous conduire vers un
avenir radieux ».
En attendant, de canicule en pandémie, de scandale en scandale, les
personnes fragiles, malades et/ou handicapées, et parmi elles les
personnes encore plus vulnérables d’être en plus vieilles, ou femmes, ou
pauvres, ou racisées, continueront d’être les sacrifiées d’une société
qui considère qu’il y a des citoyen.nes « qui ne sont rien » et peuvent
donc être sacrifié.es sur l’autel de la finance et de l’utilitarisme.
Florence Leduc, Juliette Pellissier, pour L’Observatoire de l’âgisme