Âgisme et tensions intergénérationnelles en période de Covid-19

Il est suffisamment rare qu’une instance telle l’Académie nationale de médecine parle d’âgisme que nous tenions à relayer leur communiqué.

Âgisme et tensions intergénérationnelles en période de Covid-19
Communiqué de l’Académie nationale de médecine
18 avril 2020

En France, l’âge moyen des malades infectés par le SARS-CoV-2 est de 61 ans : un tiers des malades ont plus de 65 ans, 25% entre 65 et 74 ans et 8% plus de 75 ans. Mais c’est dans cette dernière tranche d’âge que s’observent 74% des décès, reflets des comorbidités et de l’état de dépendance.

Par-delà ces données statistiques incontestables, la médecine apporte une vision plus circonstanciée du phénomène de vieillissement.

Les personnes âgées ne constituent pas un groupe homogène. L’âge ne peut pas se résumer au seul nombre des années. À âge égal, les séniors d’aujourd’hui sont bien différents de leurs aïeux. Leurs performances physiques et intellectuelles correspondent à celles de personnes plus jeunes de 10 à 15 ans de la génération précédente. Toutefois, si la diminution des réserves physiologiques, l’accumulation des maladies chroniques et la perte de fonctionnalités dans la vie quotidienne sont le lot de tous, l’avancée dans le troisième âge affecte la population de manière très inégalitaire.

Le Covid-19 suscite de l’âgisme, défini par le Larousse comme « une attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées ». Le contexte épidémique actuel dans lequel le risque de mourir peut être confronté à une limitation des ressources fait le lit de tensions intergénérationnelles. Apparues en Chine, elles se sont ouvertement révélées en Israël et au Royaume-Uni par des décisions imposant la séparation des grands-parents de leurs petits-enfants ou la mise en confinement des ainés pour 4 mois. Le fossé s’aggrave quand on souligne que les séniors, qui ne contribuent plus directement au développement de l’activité économique du pays, bénéficient d’une rente-retraite…

Cette confrontation intergénérationnelle, attisée par la crise sanitaire actuelle, n’a pas que des aspects négatifs ; elle est l’occasion de rappeler le rôle essentiel joué par les séniors sur le plan familial, associatif et sociétal, ainsi que l’impérieuse nécessité de leur garantir la protection et le respect qui leur sont dus.

L’Académie nationale de Médecine recommande :

de ne jamais utiliser le critère d’âge pour l’allocation ou la répartition des biens et des ressources ; si un rationnement des moyens thérapeutiques s’impose, le choix doit se baser sur des critères physiologiques, cliniques et fonctionnels afin d’obtenir les meilleurs résultats à court et long termes ;

de substituer la notion de « distanciation physique » à celle de « distanciation sociale » pour mieux faire comprendre que l’observation des gestes barrières n’implique pas de s’isoler du monde mais qu’elle permet de continuer de communiquer autrement ;

d’accorder une attention particulière aux adultes âgés les plus vulnérables et fonctionnellement atteints résidant en institution de long séjour et de veiller à ce qu’ils continuent de bénéficier de tous leurs droits.

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Il faut mettre fin à l’âgisme

18 avril 2020

Un collectif d’universitaires (canadiens, mais rejoints par quelques francophones européens) publie dans le journal Le Devoir ce texte collectif que l’Observatoire de l’âgisme bien évidemment partage :

L’âgisme est solidement imprégné dans la culture occidentale, et les attitudes envers les aînés sont souvent teintées de préjugés et de fausses croyances. Les modèles politiques annoncent et énoncent le vieillissement d’une population comme une menace, voire un poids lourd à gérer pour l’économie. Paradoxalement, la voix des aînés est peu présente sur la place publique, comme en témoigne tristement l’actuelle pandémie. Une pandémie qui accentue la stigmatisation des personnes âgées, notamment par le truchement de discours publics pour le moins troublants qui remettent en question la valeur et la contribution de ces personnes dans la société.

L’un des exemples les plus flagrants de ce que l’on pourrait qualifier de mépris à l’égard des aînés est le fait que les autorités françaises, notamment, n’ont pas comptabilisé le nombre de décès résultant de la COVID-19 dans les maisons de retraite. Faut-il en conclure que leurs décès étaient insignifiants par rapport à ceux des jeunes adultes ? Plus encore, en France comme ailleurs, la pandémie n’a pas été prise au sérieux initialement : le discours public véhiculait le message que la véritable menace ne concernait que les adultes les plus âgés. Ce type de discours a-t-il contribué à une certaine résistance de certains à observer et à respecter la distanciation sociale ? Il est aussi révélateur également que les rares cas de jeunes adultes qui sont décédés des complications de la COVID-19 dans le monde ont souvent généré des reportages médiatiques personnalisés alors que les décès de centaines de personnes âgées ont fait et font encore tout simplement l’objet de données statistiques, lorsque celles-ci sont comptabilisées.

Un regard infantilisant

Outre la fausse représentation de la COVID-19 en tant que « problème des personnes âgées », plusieurs pays ont choisi d’imposer des restrictions très strictes pour ces personnes, leur ordonnant de rester à l’intérieur pendant la pandémie. Même si ces restrictions visaient à les protéger, elles ont, en revanche, exacerbé le problème — préalable à la pandémie — de l’isolement de plusieurs aînés et de ses conséquences physiques et psychologiques. De fait, l’objectif protecteur de ces restrictions s’est parfois traduit par une communication publique condescendante décrivant les aînés comme étant tous des membres « vulnérables » de la société. Par exemple, dans certaines régions du Canada, les personnes de plus de 70 ans étaient invitées à s’inscrire à un « registre des personnes vulnérables ». Dans d’autres régions, de nombreux citoyens âgés de 70 ans et plus et en bonne santé ont déclaré être la cible d’attitudes condescendantes alors que des concitoyens leur indiquaient qu’ils ne devraient en aucun temps se retrouver à l’extérieur, ne serait-ce que pour prendre l’air.

Les éclosions de COVID-19 sont d’abord apparues sur les continents asiatique et européen, au cours de l’automne 2019 et au début de l’hiver 2020. Ce qui se déroulait dans ces régions a été largement diffusé, les médias comme le personnel soignant soulevant de vives inquiétudes devant le nombre de victimes dans les résidences de soins de longue durée. En Italie, par exemple, les soignants ont alerté les gouvernements quant à la sécurité des résidents de ces centres, plaidant pour davantage de personnel et d’équipement de protection et incitant les pays à demeurer vigilants et, d’ores et déjà, à protéger cette population.

Pour autant, force est de constater aujourd’hui que de nombreux établissements de soins de longue durée au Canada n’ont pas été en mesure de gérer, voire de limiter l’impact du virus. Avons-nous été lents, voire négligents, à préparer la réponse à la COVID-19 afin de réduire le nombre de victimes dans les établissements de soins de longue durée ? Plusieurs de ces centres manquaient déjà cruellement de ressources bien avant la pandémie de la COVID-19, celle-ci n’ayant qu’aggraver la situation en matière de protection des résidents. Pourquoi aura-t-il fallu une crise avec des conséquences plus que désastreuses pour les résidents et les soignants de ces centres pour que désormais nos dirigeants évoquent l’importance et l’urgence de s’occuper des aînés ?

Une responsabilité partagée

Les données canadiennes indiquent que la plus grande proportion de porteurs de la COVID-19 se retrouve chez les jeunes adultes et qu’en outre, les personnes de moins de 60 ans représentent une part importante des hospitalisations (y compris aux soins intensifs > 35 %). Les jeunes adultes ne sont donc pas à l’abri de ce virus et partagent la responsabilité de sa propagation. Une attitude désinvolte envers les directives de santé publique augmente le risque pour tous, quel que soit l’âge. En d’autres termes, la COVID-19 n’est pas une « maladie de personnes âgées », ses effets se répercutant dans l’ensemble de la population. Nous devons tous contribuer à limiter sa propagation.

En tant que chercheurs mais aussi défenseurs des droits des personnes âgées, nous exprimons une vive inquiétude devant les attitudes âgistes qui s’expriment consciemment ou inconsciemment durant cette pandémie. Les taux de mortalité élevés chez les personnes âgées peuvent avoir des conséquences dévastatrices qui ne devraient pas être minimisées. Ce n’est pas seulement une question de perte de vies humaines, qui, en soi, est une tragédie, les conséquences de cette perte le sont tout autant : les aînés sont des membres inestimables de la société. Ils sont une source de connaissances et de sagesse générationnelle, ils participent à la force de l’économie tout autant qu’à la qualité des liens familiaux.

Bien que la pandémie de la COVID-19 ait mis en lumière les dérapages de l’âgisme, nous sommes convaincus qu’elle constitue aussi un tournant pour revoir nos attitudes envers les aînés et pour bâtir une société véritablement inclusive pour tous les âges.

* Ce texte est signé par une quarantaine de spécialistes:
Martine Lagacé, Université d’Ottawa

Sarah Fraser, Université d’Ottawa

Bienvenu Bongué, Université Jean-Monnet, France

Ndatté Ndeye, Université Jean-Monnet, France

Jessica Guyot, University Jean-Monnet, France

Lauren Bechard, Université de Waterloo

Linda Garcia, Université d’Ottawa

Vanessa Taler, Université d’Ottawa

Stéphane Adam, Professor, Université de Liège, Belgique

Marie Beaulieu, Université de Sherbrooke

Caroline D. Bergeron, Institut national de santé publique du Québec

Valérian Boudjemadi, Université de Strasbourg

Donatienne Desmette, Université catholique de Louvain, Belgique

Anna Rosa Donizzetti, Université Frederico II, Italie

Sophie Éthier, Université Laval

Suzanne Garon, Université de Sherbrooke

Margaret Gillis, Centre de longévité international, Canada

Mélanie Levasseur, Université de Sherbrooke

Monique Lortie-Lussier, Université d’Ottawa

Patrik Marier, Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS), Montréal

Annie Robitaille, Université d’Ottawa

Kim Sawchuk, directrice & Constance Lafontaine, Directrice adjointe, Groupe Ageing + Communication + Technologies, Université Concordia

Francine Tougas, Université d’Ottawa

Membres du Groupe de travail sur l’inclusion sociale et la stigmatisation (Consortium canadien en neurodégénérescence associée vieillissement)
Melissa Andrew, Université de Dalhousie

Melanie Bayly, University de Saskatchewan

Jennifer Bethell, Toronto Rehabilitation Institute

Alison Chasteen, University de Toronto

Valerie Elliot, University de Saskatchewan

Rachel Herron, Brandon University

Inbal Itzhak, Consortium canadien en neurodégénérescence associée vieillissement

August Kortzman, University de Saskatchewan

Colleen Maxwell, University de Waterloo

Kathy McGilton, Toronto Rehabilitation Institute –UHN

Laura Middleton, University de Waterloo

Debra Morgan, University de Saskatchewan

Megan O’Connell, University de Saskatchewan

Hannah O’Rourke, Université de l’Alberta

Natalie Phillips, Université Concordia

Margaret Pichora-Fuller, Université de Toronto

Kayla Wallace, Université de Saskatchewan

Walter Wittich, Université de Montréal

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Agisme et pandémie

Nous relayons également ici, en ce contexte particulier, une itw de Juliette Pellissier, vice-présidente de l’Observatoire de l’âgisme, paru il y a quelques jours sur Altermidi.

Juliette Pellissier: “Se battre pour une société respectueuse de tous ses membres”

A. Il y a eu la canicule en 2003, le coronavirus en 2020, on constate à 17 ans d’intervalle que les personnes âgées sont toujours les premières à faire les frais de ce type d’événement, quelle analyse faites-vous de la situation ?

JP. Commençons juste par distinguer deux aspects. Un fait brut : ce sont les personnes les plus physiologiquement fragiles qui sont davantage vulnérables à des épidémies, à des conditions climatiques extrêmes, que ce soit dû à leur grand âge ou à leur état de santé. C’est une réalité socio-politique : quand ces personnes, en temps normal, vivent déjà isolées, elles sont très nombreuses à vivre très isolées comme en 2003, dans des conditions difficiles par les manques de lieux adaptés et de professionnels dans les institutions collectives, tout nouveau facteur de risque, virus, canicule, etc, vient exacerber ces situations de grande vulnérabilité et les rend dramatiques.

A. Face au manque de moyens matériels et humains, des voix s’élèvent pour s’inquiéter du sort réservé aux résident-e-s dans les EHPAD et autres établissements spécialisés. L’État n’a rien anticipé, comment expliquer ce phénomène ?

JP. Du coup ce n’est pas une inquiétude, c’est une certitude. Quand en temps habituel le prendre-soin se fait en situation de pénurie, dans une forme permanente d’urgence, de manque de moyens, en personnes comme en formations, en lieux adaptés comme en réflexions, en temps de crise, ça implose. Et ça implose particulièrement dans les Ehpad, mais aussi aux domiciles, souvent inconnus, invisibles, de vieilles personnes très isolées, qui ne bénéficient pas de l’attention — relative — portée à l’hôpital. Les lieux type Ehpad restent négligés, surtout quand on mesure que le seul moyen qu’une crise pareille n’y sème pas le chaos aurait été, dès qu’on a compris que c’était là que vivaient des populations particulièrement à risques, d’engager un plan de grande ampleur, avec une augmentation massive de personnes, protégées et protégeantes, pour prendre-soin de ces populations.

A. En Italie, une note confidentielle médicale indiquait clairement les choix à faire entre les patients à sauver et les autres. Aux États-Unis, on conseille de ne pas réanimer les personnes trisomiques, handicapées et les vieux pour économiser les moyens. En France aussi, les soignant-e-s ont à choisir, qu’est-ce que cela traduit de la société et du monde dans lequel on vit ?

JP. Un double problème : d’abord celui de l’opacité des choix. Oui, des choix sont faits pour l’accès aux soins, y compris en temps habituels, des choix sont faits aux urgences, etc. Le plus souvent, ils sont laissés aux individus et ne sont pas issus d’une réflexion à plusieurs. Quand réflexions il y a, car il y en a, puisque ça a parfois été anticipé, par exemple, que le nombre de places en réanimation ne permettrait pas d’y accueillir tous les malades, elles restent là aussi opaques, prises dans des petits cénacles d’experts ou de technocrates. Pourtant, on le sait, la seule manière dont une population pourrait accepter, parfois, certains choix, serait qu’elle participe pleinement aux réflexions qui y conduisent. Ce n’est jamais le cas.

Ensuite, il y a la question des critères qui varient selon les époques. À toutes les époques, dans l’Occident moderne, ce sont toujours les plus fragiles socialement, les plus pauvres, les plus isolés, les plus ostracisés en temps habituel, qui sont les plus rapidement sacrifiés. Là aussi, la crise n’invente rien, elle révèle et exacerbe. Là aussi, rien de nouveau, en France, c’est toute l’année que des gens âgés et malades meurent à domicile ou en Ehpad par « perte de chances », mauvais accès aux soins, manque de professionnels, etc.

Ce qui est nouveau, par rapport à d’autres époques, c’est que ce n’est pas assumé, pas explicite. Quand ça doit l’être, quand notamment c’est porté sur le devant de la scène par des sujets à la mode tels que les algorithmes des voitures automatiques qui devront décider qui sacrifier, par exemple, entre deux piétons qui traversent en plein milieu de la route, alors ça révèle les hiérarchies sous-jacentes que j’évoquais. Toutes les vies n’ont pas la même valeur et il vaut mieux être d’âge moyen, actif, responsable de famille pour être du bon côté.

A. Les personnels hospitaliers se sont mobilisés des mois durant, notamment au niveau des urgences, pour dénoncer leurs conditions de travail, la casse de l’hôpital public, les coupes budgétaires, y-a-t-il un lien direct avec le fait que les professionnels des hôpitaux et des autres lieux de vie sont débordés et ont du mal à affronter la pandémie ?

JP. Oui, je le redis : quand on travaille, en temps normal, en situation de pénurie, à flux tendu, au bord permanent de l’épuisement et du découragement, une goutte d’eau fait tout déborder. Alors quand la goutte d’eau est un violent torrent…

A. Vous qui prenez soin de nos aîné-e-s à travers vos recherches, vos réflexions et votre pratique, comment voyez-vous la suite? Quel est le chemin à prendre ?

JP. Honnêtement, aucune idée. Je crois qu’il est essentiel, y compris justement en situation d’urgence et de crise, de maintenir de la pensée, des pensées, des réflexions, à plusieurs, tous ensemble, pour ne pas être que dans l’agir. Mais je crois aussi que ce n’est pas le meilleur moment pour parvenir à penser clairement la suite. La suite de quoi ? On ne sait pas encore quelle va être la réelle ampleur de cette pandémie. Mais le chemin à prendre, vous l’évoquiez, avait commencé à être pris : il va falloir plus que jamais continuer à se battre pour que les lieux de soins et de prendre-soin soient à la hauteur des enjeux d’une société qui se veut théoriquement respectueuse de tous ses membres, quels que soient leur âge ou leur situation sociale.

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Juliette Pellissier est écrivain. Elle est docteure et chercheuse en psychogérontologie, autrice notamment de plusieurs ouvrages consacrés au prendre-soin et à la place de la vieillesse et des personnes dites âgées dans notre société.

Propos recueillis par Piedad Belmonte

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CHSLD (EHPAD en France) : 30 ans d’inaction collective et d’âgisme

Puisqu’on s’intéresse plus à l’âgisme au Canada qu’en France, nous relayons ici cet article paru dans La Voix de l’Est, qui interroge le gérontologue Réjean Hébert, dont les propos sur les CHSLD sont valables pour nos EHPAD français.

CHSLD : 30 ans d’inaction collective et d’âgisme

 » Ne cherchez pas UN coupable. La «tempête parfaite» qui se déroule présentement dans les CHSLD et les résidences pour aînés est le résultat de 30 ans d’inaction collective et d’âgisme, selon Réjean Hébert.

Gériatre, gérontologue, ancien ministre de la Santé et des Services sociaux et professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, le Dr Hébert ne jette pas le blâme sur les personnes présentement en place.

Selon lui, les conditions de vie, de mort et de travail déplorables exposées encore plus brutalement en ce temps de pandémie dans les CHSLD sont aussi le fruit de l’absence de volonté à financer adéquatement les soins, notamment à domicile, d’une population vieillissante et en perte d’autonomie.

«Si des chirurgiens cardiaques sortent sur la place publique pour dénoncer une situation à l’hôpital, cela inquiète mononcle Gérard et matante Thérèse et les ajustements nécessaires sont apportés. Les soins aux personnes âgées, eux, passent toujours au 2e rang», constate et déplore le gériatre en entrevue téléphonique.

Les cas de maltraitance et d’insuffisance de soins émeuvent et choquent quelques jours, mais on oublie vite. Jusqu’à ce que d’autres cas défraient les manchettes. Les rapports de commissions, d’enquêtes, de coroner, de vérificateur général, de protecteur du citoyen s’accumulent et s’ajoutent aux reportages troublants.

À qui la responsabilité de la catastrophe qui frappe les aînés, les «bâtisseurs du Québec» durant la présente crise sanitaire ? Au gouvernement Legault, à l’austérité du gouvernement Couillard qui l’a précédé, aux directeurs généraux, aux propriétaires, comme celui du CHSLD Herron de Dorval, qui chargent 10 000$ par mois à des vieillards qui se croient en sécurité ?

La «tempête parfaite» n’est pas apparue soudainement.

Si l’arrivée de la COVID-19, un virus virulent et létal pour les personnes âgées vulnérables, rend la tempête si ravageuse et redoutable, c’est parce qu’elle est combinée à d’autres éléments.

Bon nombre de personnes âgées sont rassemblées dans un même lieu- CHSLD publics ou privés, ressources intermédiaires d’hébergement, résidences privées pour aînés. Au Québec, environ 19 % des aînés vivent regroupés, comparativement à 8,5% ailleurs au pays.

En 2016, Réjean Hébert avait été critiqué pour une lettre publiée dans les médias. Il écrivait : «Dans les années 70, Anne-Marie Guillemard parlait de mort sociale pour qualifier la retraite. L’autarcie des aînés dans des complexes immobiliers représente aussi une mort sociale. Les vieux se cachent pour mourir. Une mort sociale dans des ghettos dorés bien à l’abri des regards et d’une société indifférente et complice». La mort biologique s’ajoute à la mort sociale.

Avant même l’éclosion du coronavirus, le Québec était de plus déjà aux prises avec une pénurie de personnel, et non seulement de préposés aux bénéficiaires. Personne n’accourt pour travailler auprès des «vieux» peu ou non autonomes. La mise en quarantaine d’employés infectés par la COVID-19 a accentué le manque de main-d’oeuvre.

La réforme des structures de 2003 et de 2015 a aussi porté un dur coup aux centres d’hébergement qui ont perdu leur autonomie et leur pouvoir décisionnel. Comme les centres jeunesse, ils sont noyés dans les centres intégrés de santé et de services sociaux où dominent les intérêts des hôpitaux.

Et il y a aussi l’éternel problème de financement où là encore, le secteur hospitalier accapare la plus grande part.

Il semble aussi que le Canada et le Québec ne sont pas immunisés contre l’âgisme.

En affirmant que les entreprises pouvaient rouvrir parce que la plupart des décès sont dans les CHSLD où l’espérance de vie moyenne est de moins de deux ans, le député conservateur Marc Dalton a exprimé tout haut ce que d’autres citoyens pensent tout bas.

Pour Réjean Hébert, c’est carrément de l’âgisme. «Personne n’oserait tenir de tels propos sur les femmes et les homosexuels. Mais sur les personnes âgées, ça passe. Les «vieux» ne sont pas utiles économiquement. Leur valeur est moindre».

Il rappelle que la société permet maintenant de vivre vieux et de vieillir en perte d’autonomie. Des changements s’imposent donc pour s’adapter à cette réalité.

Cela suppose que le financement des soins de santé pour les personnes en perte d’autonomie soit revu afin que celles-ci puissent continuer de vivre à leur domicile.

Réjean Hébert a osé faire le saut en politique pour mettre en application la formule qu’il préconise depuis des décennies pour faire face au vieillissement de la population : l’assurance autonomie.

Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois dont il faisait partie a présenté un livre blanc et un projet de loi à cette fin. Les péquistes expulsés du pouvoir, le projet d’assurance autonomie n’a pas eu de suite.

Pour Réjean Hébert, celui-ci n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire.

Il rappelle que l’Allemagne a mis trente ans à convenir d’une telle assurance pour sa population. Il garde donc espoir que le Québec fasse de même. Comme l’ont décidé aussi une quinzaine de pays dont le Japon, la Corée du Sud, la France, la Belgique, l’Autriche, les Pays-Bas, l’Italie.

Nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir puisque plusieurs voix s’élèvent ces jours-ci pour réclamer une réflexion sur les services offerts aux personnes âgées.

Optimiste, le Dr Hébert espère enfin un début d’action collective. »

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Colette Le Petitcorps : « L’âgisme repose sur un système économique »

L’Observatoire de l’âgisme, en ces temps exceptionnels, relaie quelques interviews importants pour nos réflexions.

Colette Le Petitcorps : « L’âgisme repose sur un système économique »

(le 07 avril 2020 – Timothé DAVID)

Les personnes âgées, chez elles ou dans leur Ephad, se trouvent parmi les premiers protégés de l’épidémie. Ou les premiers sacrifiés, c’est selon. Ils sont en tout cas au cœur des débats. Colette Le Petitcorps est sociologue et responsable du pôle recherche-action de l’association CIF-SP qui organisait avec la Ville de Poitiers et la MSHS, le premier colloque national Âgisme en novembre dernier.

Affiches Parisiennes : Comment définir l’âgisme ? Ne concerne-t-il que les personnes âgées ?

Colette Le Petitcorps : L’âgisme consiste à attribuer des caractéristiques à un individu en fonction de son âge et à adopter en fonction des classes d’âge construites des comportements discriminatoires. L’âgisme ne concerne ainsi pas que les personnes âgées. Pensons par exemple aux jeunes comme aux plus de 50 ans sur le marché de l’emploi. L’association a toutefois plus spécifiquement fait porter ses recherches sur les plus âgés. Nous pensons, dans l’association, que l’âgisme repose sur un système économique qui envisage les individus selon leur productivité pour l’économie, excluant les personnes âgées de celles qui ont de la valeur car seraient devenues improductives.

A.-P. : Vous parlez de l’âgisme comme un phénomène de discrimination peu connu en Europe sur votre site internet. Pourtant, si on en croit le dernier eurobaromètre des discriminations, 54% des presque 28 000 personnes interrogées y voient une discrimination répandue, chiffre qui place l’âge en tête du classement des facteurs de discrimination observée. Comment expliquer ce paradoxe ?


C. L. P. : Il est vrai que la perception de l’âge comme facteur de discrimination semble très répandue par rapport à d’autres. Il faut toutefois rester prudent quand on analyse les enquêtes quantitatives portant sur les perceptions des individus : les réponses dépendent souvent de la façon dont l’individu se sent concerné ou pas par la discrimination en question. De fait, les discriminations liées à l’âge peuvent concerner beaucoup plus de personnes étant donné que tout un chacun peut la subir à un moment donné de sa vie. C’est ce qui fait la spécificité de cette discrimination par rapport aux autres qui sont davantage liés à des stigmates que l’on porte toute sa vie.

Remarquons par ailleurs que l’âge est un indicateur nouveau dans cette édition de l’eurobaromètre. Cela souligne que l’âge est un facteur qui commence seulement à être pris en considération. Très peu de travaux sur l’âgisme existent en France contrairement à d’autres pays comme le Canada.

L’âgisme est enfin un élément peu conscientisé car n’est pas reflété par un collectif. Si on se sent discriminé par rapport à son âge, cela est essentiellement vécu individuellement et pas en référence à un groupe social défini, avec une identité née d’un mouvement social, comme cela a pu être le cas pour les femmes avec les mouvements féministes, par exemple.

A.-P. : « Dans le décompte des décès liés au coronavirus, la façon dont parfois on “rassure” les Français en insistant sur l’âge des morts a aussi quelque chose d’effrayant, cela dit quelque chose de l’âgisme qui mine notre société », s’emportait récemment Jérôme Guedj, ancien député récemment chargé par le ministre de la Santé d’une mission pour lutter contre l’isolement des personnes âgées confinées en période épidémique, dans les colonnes du Point. Que cette période particulière nous dit-elle sur la réalité de la notion selon vous ?


C. L. P. : L’association souscrit pleinement à ces propos. On peut même ajouter qu’aujourd’hui on souligne les décès chez les plus jeunes pour que les gens se sentent plus impliqués dans la lutte. Nous souhaitons que l’âge ne soit pas un critère dans la prise en charge des patients, comme ce que l’on a pu très tôt voir dans la gestion italienne de la crise et comme on commence à le voir dans les services de réanimation français saturés avec la barrière de 75 ans. L’âge est un facteur discriminatoire dans le traitement médical, et nous soulignons, en utilisant la notion de l’âgisme, que ce n’est pas un critère purement médical lié au fait que les personnes sont incurables mais qu’il y a aussi sous-jacentes des constructions sociales. En France, un modèle émerge depuis les années 1980 qui associe aux plus de 75 ans une catégorie du « grand âge » vue comme nécessairement associée à des pathologies chroniques.

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Fragiles mais aimés ? Examiner les stéréotypes âgistes

En Angleterre, le Centre for Ageing Better vient de publier un rapport sur l’âgisme, synthèse de nombreux travaux de ces dernières années : Doddery but dear ? : Examining age-related stereotypes. En voici la synthèse proposée par The Guardian (19.03.2020).

[Une remarques : comme souvent, et c’est comme à chaque fois très regrettable, ce rapport restreint dans sa majeure partie l’âgisme aux personnes âgées, ce qui laisse penser que des gens d’autres générations, enfants et jeunes adultes en particulier, ne sont pas victimes d’âgisme ; ce qui participe aussi du coup d’une forme de séparation de ces générations âgées des autres, ce qui favorise l’âgisme…]

Rapport disponible, ainsi que d’autres ressources, sur le site du Centre for ageing better.

Doddery but dear ? : Examining age-related stereotypes

Au Royaume-Uni, les personnes âgées sont très mal vues. C’est le triste constat que fait un rapport publié par le Centre for Ageing Better – le Centre pour un Vieillissement Meilleur. Nos aînés sont « largement diabolisés », « généralement considérés comme incompétents, désagréables et un fardeau pour la société », « systématiquement raillés et traités avec condescendance ».

Le rapport, intitulé Doddery But Dear, Fragiles Mais Chéris, a passé en revue « toutes les recherches existantes sur les attitudes à l’égard du vieillissement ». Il en est ressorti qu’au point de vue professionnel, les personnes proches de la retraite ont la réputation « d’avoir des niveaux de performance inférieurs, une capacité d’apprentissage moindre tout en coûtant plus cher ». Du point de vue médical, le vieillissement est vu uniquement comme un facteur d’aggravation des soucis de santé, « axant les attitudes sur la mort et le déclin physique ». Enfin, dans les médias, le vieillissement est représenté comme un « fardeau sociétal », et les personnes âgées sont souvent affublées de quolibets tels « tsunami gris », « gouffre démographique » ou « bombe à retardement démographique ». Les médias britanniques, « facteur clé des attitudes négatives » selon l’étude, accusent même les personnes âgées de « consommer injustement une trop grande partie des ressources de la société ».

Le Center for Ageing Better appelle à un « changement de culture fondamental », pour « renverser » cette culture « ancrée ». « L’âgisme, comme toute autre forme de préjugé, a un effet profond sur notre estime de soi, notre bien-être et la façon dont nous vivons au quotidien explique Anna Dixon, la directrice du centre. Les réponses à la crise du Covid-19 ont soulevé de sérieuses questions sur la façon dont nous pensons et parlons des personnes âgées, et ont mis en évidence l’impact que ces attitudes peuvent avoir ».

Pour Deborah Alsina, directrice générale de l’association Independent Age : « Nous devons tous nous efforcer de faire en sorte que ces stéréotypes liés à l’âge soient totalement expurgés de notre discours public, aujourd’hui et à l’avenir. Il faut un changement culturel dans nos attitudes à l’égard des personnes âgées ». « L’âgisme a un impact négatif sur toutes les générations », explique quant à lui David Sinclair, directeur de l’International Longevity Center, ajoutant qu’il est « beaucoup trop répandu dans la société ». Il préconise de commencer par « s’attaquer aux attitudes condescendantes à l’égard des personnes âgées », car, ajoute-t-il, « l’âgisme sape fondamentalement la participation des personnes âgées à la société et contribue à accroître leur isolement et leur solitude ».

Les plus de 65 ans vont augmenter de 40 % d’ici vingt ans. Actuellement une personne sur trois se considère victime de préjugés ou de discrimination liée à l’âge. Des recherches ont montré que l’âgisme pouvait aller jusqu’à dégrader la santé physique et mentale des personnes touchées, et interférer dans les choix des traitements qui peuvent leur être administrés, leur durée, leur fréquence et leur pertinence. « La plupart d’entre nous allons vivre de nombreuses années de plus que les générations précédentes (…). Mais les attitudes dépassées et nuisibles mises à nu dans cette recherche empêchent trop de gens de profiter de ces années supplémentaires », s’attriste Anna Dixon.

Source : The Guardian, Amelia Hill (19/03/2020)

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Agisme et infantilisme

Dans plusieurs départements de France : ces affiches (co-signées Etat-Police-Département…) :

Implicite : tous les vieux (les « papis » !) sont, en termes d’autonomie psychique, des malades d’Alzheimer. Tellement incapables de veiller sur eux-mêmes que c’est une enfant – traditionnellement, ce sont les enfants qu’on considère comme incapables de veiller sur leur sécurité (ce qui est aussi du reste une forme d’âgisme…), d’où les adultes responsables d’eux… – qui leur fait la leçon.

Mélange d’ignorance (la majorité des vieux, il faut donc le rappeler, non pas de troubles de l’autonomie psychique), d’infantilisme et de mépris : la vision et le traitement officiels des personnes âgées n’en sortent toujours pas !

Et l’on remarque au passage que pour une fois qu’on montre des enfants responsables… c’est pour les utiliser pour montrer que les vieux ne le sont pas.

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Lilian Thuram, l’anti-racisme et l’âgisme

Dans un récent et très intéressant entretien donné à Streetpress, Lilian Thuram, le célèbre président d’une fondation qu’il a créée, Education contre le racisme, répond à différentes questions, sur le racisme précisément.

(https://www.streetpress.com/sujet/1572451169-lilian-thuram-va-vers-une-societe-de-la-haine)

Celui dont il a été directement victime – dans les stades, par exemple, quand des supporters lancent des « cris de singes » destinés aux joueurs noirs ; dans son enfance, quand sa couleur de peau lui était renvoyée comme un stigmate.

Il évoque également d’autres formes de discriminations, sexisme, homophobie… Ce qui n’est pas surprenant car il existe en effet entre toutes les formes de discriminations, des processus communs : notamment le fait de réduire l’autre à une de ses caractéristiques, d’en faire un critère d’infériorité…

Il conclut, ce qui est en effet valable pour toutes : « On peut stigmatiser n’importe qui sur des critères qui n’ont pas de sens, et pourtant ça prend ! »

A tous ces aspects, il faudrait aussi ajouter qu’il y a dans les racismes quels qu’ils soient un autre phénomène : non seulement on réduit la personne à un critère (couleur de peau, genre, âge, religion…) mais on ne se contente pas de rester sur ce critère : on lui associe aussitôt un ensemble d’autres caractéristiques (de caractère, de comportement, etc.) dont il s’accompagne forcément : et voilà tous les homosexuels, les noirs, les femmes voilées, etc., qui sont pareil, pensent pareils, vivent pareil, veulent pareil…

Bref, on est donc surpris dans le cadre de cet entretien intéressant qui témoigne de la manière intelligente et nuancé dont ce monsieur parle du racisme, de le voir soudain tenir de tels propos à une question portant sur les difficultés de la lutte contre le racisme :

« Beaucoup sont crispés lorsqu’on amène un nouveau concept et un nouveau regard sur la société. Mais je reste persuadé que les jeunes générations vont changer les choses. Et malheureusement, dans l’espace public, on entend encore trop souvent les personnes âgées. »

D’accord évidemment sur les crispations. Mais donc seulement à cause des « vieilles générations » ? Pas de racisme dans les pays démographiquement très jeunes ?

Et ce sont en matière de racisme les « personnes âgées » qui culminent, ces « personnes âgées » qu’on voit et qu’on entend partout, et dont la parole envahit l’espace public ?

Alors, il est possible que L. Thuram et nous n’ayons pas la même définition de ce qu’est une « personne âgée » et qu’il classe dans les « personnes âgées » des gens comme Zemmour ou Finkielkraut.

Mais il est certain que, indépendamment de l’âge qu’on leur associe, s’il est bien une catégorie qui n’existe pas (à part d’un point de vue démographique), c’est bien celle « les personnes âgées ».

Voilà donc que L Thuram fait avec « les personnes âgées » ce qu’il vient de dénoncer. Prendre un seul critère, et y associer… ici, le soupçon du racisme.

Les personnes âgées, pensent donc toutes pareil, et sont donc toutes crispées…

On pense aux milliers de militantes et de militants anti-racistes ayant plus de 70 ans. Ils vont aimer.

On pense aux dizaines de milliers d’électrices et d’électeurs de plus de 60 ans qui, à chaque élection depuis 20 ans, votent beaucoup moins pour le parti fascisant que les électeurs de moins de 45 ans.

On pense aux « cris de singes » et on s’interroge : sont-ils lancés par des octogénaires qui occupent majoritairement les tribunes des stades de foot ?

Que conclure ?

Sans doute que cette forme de discrimination qu’est l’âgisme est actuellement tellement banalisé que même des gens qui luttent contre le racisme, l’homophobie, etc., font avec le critère de l’âge ce qu’ils ne veulent à juste titre plus qu’on fasse avec les autres.

Mais laissons la parole à M. Thuram pour une belle phrase de son entretien à laquelle nous ajouterons juste deux parenthèses. C’est un « conseil à ses enfants » :

« Ne tombez pas dans ce piège. Par contre, vous ne faites pas la même chose. Si une personne (jeune ou âgée) vous agresse sur votre couleur de peau, ne pensez pas que toutes les personnes de sa couleur (ou de son âge) pensent de la même façon. »

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Elections 2017. A partir de 50 ans, le vote Marine Le Pen décroît au fur et à mesure que l’âge des électrices et électeurs augmente :

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Une campagne de publicité particulièrement âgiste

La marque Go Sport a récemment lancé une campagne de publicité comprenant de nombreuses affiches (dans les rues, moyens de transport urbains, revues, etc.).

Toutes ces affiches suivent le même principe : on y voit une sportive ou un sportif, toujours jeune ou d’âge moyen, en tenue de sport liée à son activité, présentant son « objectif ». Illustrations :

Et soudain, au milieu de toutes ces affiches, en apparaît une qui met clairement en avant une personne plus âgée, avec cheveux blancs, un « senior » comme disent les publicitaires. Quel sera donc son objectif ? :

Oui. Soudain, plus de sport. « Faire le beau » : une expression qui renvoie à la fois à une autre expression, « vieux beau », et à un autre contexte, ici visuellement suggéré : celui où un animal, dressé pour, « fait le beau » à la demande de son maître. Dans les deux cas, mépris.

Une campagne qui illustre la puissance de l’âgisme, capable de conduire des publicitaires à ne pas résister à un tel « humour » (car sans doute est-ce de l’humour pour eux) méprisant, au risque de choquer une partie non négligeable de leur clientèle.

L’Observatoire a déposé une plainte à ce sujet au Jury de Déontologie Publicitaire mis en place pour les recevoir par l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), en s’appuyant sur ces deux articles :

« Les communications commerciales doivent respecter la dignité humaine et ne doivent pas inciter ou cautionner aucune forme de discrimination, notamment fondée sur l’origine ethnique ou nationale, la religion, le sexe, l’âge, le handicap ou l’orientation sexuelle. » (Art. 2 Responsabilité sociale alinéa 1 du Code ICC sur la publicité et les communications commerciales).
[…]
« 2.2 La publicité ne doit pas cautionner l’idée de l’infériorité d’une personne en raison de son sexe, de son origine, de son appartenance à un groupe social, de son orientation ou identité sexuelle ou de tout autre critère de discrimination, notamment en réduisant son rôle et ses responsabilités dans la société. »

[Edit Trois ans après le dépôt de cette plainte : on attend toujours la réponse…]

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Plusieurs articles autour de l’âgisme

L’Observatoire de l’âgisme se réjouit de constater que le sujet de l’âgisme, depuis quelques mois, apparaît de plus en plus fréquemment dans les médias – et autour de plusieurs dimensions importantes.

Nous vous proposons donc quelques liens vers des articles traitant de thématiques auxquelles l’Observatoire a déjà consacré des articles ou des actions (ainsi de la question des femmes âgées oubliées des travaux sur les violences) ou de dimensions nouvelles ou davantage liées à l’actualité.

A commencer par ce qui se dit autour de la militante Greta Thunberg. Où il apparaît que certains, au lieu de mener la réflexion, voire la controverse, sur ce dont elle parle, se contentent de son âge pour lui dénier toute légitimité à s’exprimer [1] :

Laurence Rosier : De la jeunesse, du jeunisme et des jeunes filles

Pour info, Laurence Rosier avait également publié il y a quelques mois un article : Âgisme: les femmes auraient-elles une date de péremption ?

qui peut se lire en écho avec ces deux-là, tout récents et, ce qui est bon signe, parus dans deux revues très différentes :

Pourquoi la France planque-t-elle les femmes de 50 ans et plus ?

Sois vieille et ouvre la

Par ailleurs :

Pourquoi les femmes âgées sont les victimes oubliées des violences conjugales ?

Et un article en provenance du Canada :
Être aîné et LGBTQ+: lorsque l’âgisme rencontre l’homophobie et la transphobie

Rappel au sujet des femmes âgées et des violences :

L’une des premières actions de L’Observatoire de l’âgisme , il y a 11 ans : écrire à la Halde pour signaler que de nombreuses grandes enquêtes / études excluaient les vieux.

Et notamment
que l’inserm et l’ined excluaient les plus de 70 ans de la grande enquête sur la sexualité des français.e.s ; que l’insee ne prenait pas en compte les plus de 60 ans dans leur travail sur les violences conjugales

La lettre et ses signataires : http://agisme.fr/spip.php?article9

La Halde avait répondu par une lettre type pour signaler que de tels faits ne constituent pas une discrimination « même si la pratique que vous dénoncez est vécue comme discriminatoire par les adultes âgés » ;-(

Quant à l’OND (Observatoire Nationale de la délinquance) qui pilotait l’étude sur les violences, L’Observatoire lui avait écrit également. Ils avaient répondu que pas de vieux dans leur enquête… parce qu’elle se faisait avec un ordinateur et que ça pose donc des problèmes avec les vieux !!

Il y a encore du travail…

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